Ministère des Affaires étrangères English
Español
Deutsch
Arabe
Rechercher dans l'actualité

  Version texte   Nouveautés   À propos   Recherche avancée   Plan du site   Nous écrire

Déclarations officielles de politique étrangère
Points de repère

Sélectionnez une date

[ Recherche dans la base des déclarations depuis 1990 ]

Version imprimable

Sommaire:

I.-

CONFERENCE DE PRESSE CONJOINTE
DU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE,
M. JACQUES CHIRAC,
DU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE FEDERATIVE DU BRESIL,
M. LUIZ INACIO LULA DA SILVA,
DU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE DU CHILI,
M. RICARDO LAGOS ESCOBAR,
ET DU SECRETAIRE GENERAL
DE L'ORGANISATION DES NATIONS UNIES,
M. KOFI ANNAN,
LORS DE LA REUNION QUADRIPARTITE
SUR L'ACTION CONTRE LA FAIM ET LA PAUVRETE
- PROPOS DE M. CHIRAC -

 

(Genève, 30 janvier 2004)

II.-

RENCONTRE ENTRE
LE PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE,
M. JACQUES CHIRAC,
LE PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE FEDERATIVE DU BRESIL,
M. LUIZ INACIO LULA DA SILVA,
LE PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE DU CHILI,
M. RICARDO LAGOS ESCOBAR
ET LE SECRETAIRE GENERAL DES NATIONS UNIES,
M. KOFI ANNAN
DECLARATION CONJOINTE

 

(Genève, 30 janvier 2004)

III.-

LETTRE DE CONDOLEANCES
DU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE,
M. JACQUES CHIRAC,
ADRESSEE A SA MAJESTE FAHD BIN ABDULAZIZ AL SAOUD,
ROI D'ARABIE SAOUDITE,
A LA SUITE DU DRAME SURVENU
LORS DU PELERINAGE DE LA MECQUE

 

(Paris, 1er février 2004)

IV.-

JOURNEE FRANCO-ALLEMANDE
ALLOCUTION DU PREMIER MINISTRE,
M. JEAN-PIERRE RAFFARIN

 

(Paris, 22 janvier 2004)

V.-

VISITE EN IRLANDE
ALLOCUTION DU MINISTRE DES AFFAIRES ETRANGERES,
M. DOMINIQUE DE VILLEPIN

 

(Dublin, 30 janvier 2004)

VI.-

VISITE EN Irlande
POINT DE PRESSE
DU MINISTRE DES AFFAIRES ETRANGERES,
M. DOMINIQUE DE VILLEPIN

 

(Dublin, 30 janvier 2004)

VII.-

VISITE EN Irlande
ENTRETIEN DU MINISTRE DES AFFAIRES ETRANGERES,
M. DOMINIQUE DE VILLEPIN,
AVEC LA CHAINE DE TELEVISION IRLANDAISE
"TV3"

 

(Dublin, 30 janvier 2004)

VIII.-

VISITE EN REPUBLIQUE DE COTE D'IVOIRE
ALLOCUTION DU MINISTRE DES AFFAIRES ETRANGERES,
M. DOMINIQUE DE VILLEPIN,
DEVANT LA COMMUNAUTE FRANCAISE

 

(Abidjan, 1er février 2004)

IX.-

VISITE EN REPUBLIQUE DE COTE D'IVOIRE
POINT DE PRESSE CONJOINT
DU MINISTRE DES AFFAIRES ETRANGERES,
M. DOMINIQUE DE VILLEPIN,
ET DU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE DE COTE D'IVOIRE,
M. LAURENT GBAGBO
- PROPOS DE M. DE VILLEPIN -

 

(Abidjan, 1er février 2004)

X.-

ANNULATION DE VOLS AIR France
REPONSES DU MINISTRE DES AFFAIRES ETRANGERES,
M. DOMINIQUE DE VILLEPIN,
A DES QUESTIONS D'UNE JOURNALISTE DE TF1

 

(Paris, 31 janvier 2004)

XI.-

SAHARA OCCIDENTAL
RESOLUTION 1523 ADOPTEE PAR
LE CONSEIL DE SECURITE DES NATIONS UNIES

 

(New York, 30 janvier 2004)

XII.-

GEORGIE
RESOLUTION 1524 ADOPTEE PAR
LE CONSEIL DE SECURITE DES NATIONS UNIES

 

(New York, 30 janvier 2004)

XIII.-

LIBAN
RESOLUTION 1525 ADOPTEE PAR
LE CONSEIL DE SECURITE DES NATIONS UNIES

 

(New York, 30 janvier 2004)

XIV.-

SANCTIONS CONCERNANT AL QAIDA, LES TALEBAN
ET LES INDIVIDUS ET ENTITES ASSOCIES
RESOLUTION 1526 ADOPTEE PAR
LE CONSEIL DE SECURITE DES NATIONS UNIES

 

(New York, 30 janvier 2004)

* * * * * * * * * *

I.-

CONFERENCE DE PRESSE CONJOINTE
DU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE,
M. JACQUES CHIRAC,
DU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE FEDERATIVE DU BRESIL,
M. LUIZ INACIO LULA DA SILVA,
DU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE DU CHILI,
M. RICARDO LAGOS ESCOBAR,
ET DU SECRETAIRE GENERAL
DE L'ORGANISATION DES NATIONS UNIES,
M. KOFI ANNAN,
LORS DE LA REUNION QUADRIPARTITE
SUR L'ACTION CONTRE LA FAIM ET LA PAUVRETE
- PROPOS DE M. CHIRAC -

 

(Genève, 30 janvier 2004)

Mesdames, Messieurs, je voudrais tout d'abord exprimer ma reconnaissance au président Lula pour son initiative, lui qui a déjà expérimenté sur le terrain cette lutte contre la faim et la misère dans le programme "Faim zéro" qui se développe actuellement au Brésil. Et je voudrais remercier de leur présence le président Lagos et notre Secrétaire général des Nations unies.

C'est vrai qu'il y a dans un monde qui se développe très vite un scandale d'autant plus évident qu'il est immédiatement connu avec les techniques modernes de médiatisation et qui est celui de la pauvreté et de la faim. On estime, en effet, à environ 850 ou 900 millions d'hommes, de femmes et d'enfants, celles et ceux qui, avec moins d'un dollar par jour de revenu, souffrent de la faim et on estime à environ la moitié de l'humanité celles et ceux qui vivent avec moins de deux dollars par jour. Ceci est de moins en moins acceptable dans un monde qui par ailleurs s'enrichit, grâce notamment au développement des échanges.

La Banque mondiale estime que si l'on veut tenir les engagements qui ont été pris lors du Sommet du Millénaire, c'est-à-dire de réduire de moitié le nombre d'hommes, de femmes et d'enfants qui souffrent de la faim avant 2015, il faudrait que l'aide publique au développement augmente de 50 milliards de dollars par an, c'est-à-dire qu'elle passe de 60 actuellement à 110 milliards de dollars par an. On peut faire une première observation dans ce domaine : c'est que le commerce mondial global, le commerce des exportations, représente chaque année environ 8 000 milliards de dollars et que le PNB global du monde est de 33 000 milliards de dollars.

Si je cite ces deux chiffres, c'est simplement pour indiquer que 50 milliards, c'est en réalité une goutte d'eau, à condition bien entendu de vouloir et de savoir les récupérer. Cette misère et cette faim que dénonçait le président Lula ont aussi un autre effet dont, en dehors des experts de l'ONU, auxquels je tiens à rendre hommage, on parle très peu, mais qui touche l'ensemble des pays du monde - les pays riches, les pays émergents et les pays pauvres - et sur tous les continents. C'est en réalité l'esclavage et pas seulement l'esclavage des femmes, ces deux phénomènes étant liés : pauvreté, misère, exclusion et, tout naturellement, développement des circuits qui se traduisent par le travail forcé non rémunéré et, clairement, l'achat et la vente d'êtres humains, qui existe toujours à notre époque même si on en parle peu. C'est dire l'ampleur, en réalité, des sujets qui sont évoqués aujourd'hui et qui sont mis sur le devant de la scène par le président Lula.

Alors, comment faire ? Je crois qu'il y a - et c'est ce que je me suis permis d'évoquer tout à l'heure en réunion - trois axes d'efforts. Le premier, c'est certainement - en constatant que 80 % des personnes qui souffrent de malnutrition et de la faim dans le monde sont dans les zones rurales, notamment en Afrique et en Asie du Sud, mais aussi dans un certain nombre d'autres endroits et en particulier l'Amérique latine, le reste de l'Asie, l'Europe orientale et centrale - la nécessité d'accélérer les politiques d'appui au développement agricole, en particulier, je le répète, en Afrique et en Asie du Sud.

Deuxième point : l'action internationale en la matière est beaucoup trop dispersée. Il y a toutes sortes d'organismes qui dépendent de l'ONU ou qui n'en dépendent pas, qui dépendent des institutions financières internationales, qui dépendent des Etats, qui dépendent des organisations non gouvernementales, et tout ceci n'est pas cohérent. Il faudrait qu'il y ait une meilleure appréciation, une meilleure cohérence de leur action : c'est ce que le Secrétaire général va s'efforcer de proposer.

Enfin, je disais "50 milliards de dollars, c'est peu de chose" ; c'est vrai, par rapport au chiffre que j'évoquais tout à l'heure. Mais si nous les attendons d'un quasi-doublement de l'aide budgétaire au développement, nous ne les aurons pas. L'aide publique au développement a baissé; elle repart un tout petit peu de façon positive, mais dans des conditions qui ne nous faisons pas d'illusion, ne permettront pas d'atteindre les objectifs du Millénaire, c'est-à-dire les objectifs retenus pour 2015. On peut toujours le dire, mais cela ne se passera pas comme ça. Donc il faut trouver autre chose, c'est-à-dire des ressources nouvelles et les affecter à un fonds : c'est ce que propose le président Lula qui l'appelle le fonds de lutte contre la faim, peu importe le nom, mais qui devrait apporter des ressources nouvelles.

Où peut-on trouver des ressources nouvelles? Il y a actuellement deux propositions qui méritent d'être approfondies. Il y a la proposition de nos amis britanniques, ils appellent cela IFF, c'est-à-dire un système de prêts-financement de l'aide au développement par emprunts par les pays riches sur les marchés, basés sur l'augmentation et la croissance, dans les années qui viennent, de l'aide publique au développement. C'est une très bonne idée ; la France la soutient complètement et en avril nous aurons à Paris une réunion, au niveau ministériel, avec nos amis britanniques et à laquelle je convie naturellement bien volontiers le Brésil, le Chili, l'ONU - cela va de soi - et éventuellement tel ou tel autre pays pour essayer de mettre en place un système permettant de créer une ressource nouvelle et importante qui pourrait être affectée au "fonds Lula".

Deuxièmement, je suis persuadé que l'on n'évitera pas de mettre en place un système de taxation internationale. J'ai créé, vous le savez, ou certains le savent, un groupe de travail pour étudier ces propositions, auquel participent des représentants de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international; j'ai d'ailleurs invité le Brésil et le Chili à se joindre à nous au niveau des experts. Ce groupe de travail devra me faire des propositions - qu'ensuite je soumettrai à la communauté internationale - de mise en place d'un système de taxation qui ne sera naturellement pas la taxe Tobin, puisqu'elle n'a pas réussi, qu'elle n'était d'ailleurs pas faite pour ça à l'origine et que par conséquent elle ne marchait pas, mais qui sera de cette même nature. Alors taxation de quoi? Je vous dis tout de suite que je n'ai pas l'intention de préjuger, ni de répondre à cette question car il y a plusieurs techniques que l'on peut envisager et ces techniques doivent être expertisées, examinées par les personnes compétentes qui nous feront des propositions.

Voilà, sur ces différents sujets, les propositions que j'ai été amené à évoquer pendant la réunion. Je terminerai en disant, puisque le président Lula l'a évoqué, que la France souhaite beaucoup, dans le cadre de la préparation et de la mise en œuvre du G8 qui se tiendra cette année aux Etats-Unis à Sea Island, deux choses. La première, que soient conviées un certain nombre de personnalités représentatives des grands pays, notamment du Sud, comme nous l'avions fait à Evian. C'est ce que nous avons demandé au président Bush, à qui appartient la décision naturellement, en tant qu'hôte du prochain G8. Deuxièmement, nous avons également demandé que le problème du NEPAD - qui a fait l'objet de discussions à la fois à Gênes, à Kananaskis, à Evian, et qui, les Britanniques l'ont déjà annoncé, sera à l'ordre du jour du Sommet du G8 de 2005 - soit également inscrit à l'ordre du jour de 2004. Mais nous tenons surtout beaucoup à ce que lors du prochain G8, le dialogue élargi que nous avons initié à Evian soit poursuivi à Sea Island; nous n'avons pas encore la réponse de nos amis américains.

(...)

Q - Merci beaucoup. Chez moi, au Sénégal, on dit : "un sac de riz vide ne tient pas debout". Vous voyez un peu toute la relation qu'il y a entre le développement et la gestion de la grave équation de la faim et de la pauvreté. Messieurs les Présidents, Monsieur le Secrétaire général, M. Kofi Annan, vous l'avez dit vous-mêmes : un monde prisonnier de la faim, de la pauvreté et de la maladie ne peut être un monde de paix. Depuis des années, aussi, votre organisation fait des promesses, des promesses et vous voudriez aujourd'hui qu'elles soient tenues. Nous savons qu'il y a le PAM, la FAO, etc... Je voudrais savoir quel sera l'intérêt de ce nouveau "fonds Lula", pour reprendre le président Chirac, et je ne sais pas si son Excellence le président français lit la presse africaine : on vous appelle "Chirac l'Africain". Donc aujourd'hui, soyez Chirac le parrain de tous les pauvres du monde. Concrètement, est-ce que le PAM et la FAO, par rapport à leur travail, et le fonds d'aujourd'hui de Lula, est-ce un plus ou bien quelque chose de novateur ?

R - Le président Lula m'a désigné pour répondre. Je le ferai volontiers, encore qu'il s'agit d'une idée qui est la sienne dont je rappelle qu'il l'a expérimentée au niveau du Brésil et qu'il la propose au niveau international, et il serait mieux à même d'en parler que moi. Mais puisqu'il me confie ce soin, je répondrai à votre confrère sénégalais que nous avons deux problèmes.

Le premier problème, c'est celui d'une meilleure coordination des organismes qui font de l'aide au développement. Ils sont en général de qualité, dévoués, mais trop nombreux. Et donc, il n'y a pas suffisamment de cohérence. Vous en avez vous-même cité quelques-uns et derrière votre approche, j'ai bien compris que vous souligniez qu'il n'y avait peut-être pas assez de cohérence déjà, et qu'on voulait en ajouter un autre. Donc la première nécessité c'est de mettre une plus grande cohérence. Et cela ne peut être qu'à l'initiative du Secrétaire général, dans le cadre de la réforme de l'ONU qu'il est en train de préparer et que la France, pour ce qui la concerne, soutient sans réserve.

Le deuxième problème qui a été clairement exprimé par ceux qui se sont adressés à vous à l'instant, c'est que nous n'obtiendrons pas un doublement rapide de l'aide publique au développement. Il faut donc trouver une ressource nouvelle, d'où les idées de la facilité financière internationale proposée par les Britanniques ou de la taxation internationale proposée par les Français. A partir du moment où l'on peut imaginer avoir une recette au niveau des nécessités, c'est-à-dire de l'ordre de 50 milliards de dollars par an, grâce à ces méthodes nouvelles qui ne taxent pas seulement les budgets des Etats développés, il faudra alors bien naturellement un système pour les utiliser, et pour les utiliser dans le sens d'une lutte efficace contre la pauvreté, ce qui suppose la santé, l'éducation, les infrastructures nécessaires, le travail, la formation… Et c'est là qu'intervient l'idée du président Lula de faire un fonds qui permette d'utiliser cette ressource nouvelle. Moi, j'y suis tout à fait favorable. Naturellement, il faudra bien le coordonner avec la réforme qui, par ailleurs, me semble s'imposer pour rendre plus cohérents les différents acteurs de l'aide publique au développement.

Q - Question d'abord au Président français. Vous montrez ici votre volonté d'aider les pays pauvres quand la France reste très timide dans l'action de réduire effectivement les subventions agricoles. Un véritable coup de pouce dans ce domaine pourrait suffire pour sauver des millions de personnes de la faim. Ne voyez-vous pas là un paradoxe ? Est-ce que la France aussi serait d'accord pour taxer ses ventes d'armes ?

R - Sur la deuxième question : dans le groupe de travail que j'ai créé, aucune solution n'est refusée, y compris la taxation des armes ou du commerce des armes. J'évoquais tout à l'heure l'aide publique au développement qui représente 60 milliards par an; le budget militaire cumulé dans le monde représente 900 milliards de dollars par an dont à peu près la moitié pour les Etats-Unis. C'est dire qu'on peut poser effectivement le problème. Pour ma part, je ne veux pas me prononcer avant les propositions du groupe de travail que j'ai créé et je ne prendrai position qu'après, mais je n'exclus rien.

Alors ensuite, c'est le grand débat sur les aides agricoles. Je ne veux pas rentrer là dans le détail, mais je ne partage pas du tout votre sentiment. Et nous avons sur ce point une divergence de vues avec le président Lula. Je crois même que c'est la seule. Je voudrais tout de même rappeler que l'Union européenne, c'est-à-dire la France et ses 14 partenaires de l'Union européenne d'aujourd'hui qui va devenir une Union à 25 demain, l'Union européenne est le premier importateur mondial de produits agricoles en provenance des pays en développement, le premier. Deuxièmement, l'Union européenne accepte les productions agricoles des pays en développement sans aucun droit de douane, d'ailleurs les autres produits aussi, en dehors des armes. C'est une initiative qui a été prise par l'Union européenne et qui n'a, jusqu'ici, été suivie par personne. Nous avons supprimé toute protection à l'égard de tout produit, en dehors des armes, en provenance des pays en développement.

De plus, comme vous le savez, la France a proposé, c'est moi qui l'ai proposé, une situation particulière pour l'Afrique, à savoir le moratoire sur les subventions agricoles déstabilisatrices - parce qu'il y en a, c'est vrai -, l'harmonisation des régimes de préférences et un régime spécial pour les matières premières. Cela, c'est la proposition que nous avons faite et qui a été adoptée par le Sommet Afrique-France, il y a un an, et qui malheureusement se heurte, il faut dire les choses telles qu'elles sont, à l'hostilité de certains et notamment de nos amis américains. Et nous attendons que les Etats-Unis s'engagent aussi sur cette voie.

Vous savez, je voudrais également rappeler que l'élimination de la faim dans le monde passe aussi et même beaucoup par le développement des cultures vivrières dans les pays les plus pauvres et, en particulier, dans les zones arides. Or, dans l'état actuel des choses, ce ne sont pas les subventions agricoles des pays riches qui mettent en cause ce développement, ce serait plutôt les exportations agricoles d'un certain nombre de pays émergents - ils en ont besoin, je ne conteste pas la nécessité pour eux de développer ces secteurs de leur économie -, mais chacun voyant un peu le soleil à sa fenêtre doit tenir compte aussi de la fenêtre du voisin.

(...)./.

(Source : site Internet de la présidence de la République)

 

II.-

RENCONTRE ENTRE
LE PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE,
M. JACQUES CHIRAC,
LE PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE FEDERATIVE DU BRESIL,
M. LUIZ INACIO LULA DA SILVA,
LE PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE DU CHILI,
M. RICARDO LAGOS ESCOBAR
ET LE SECRETAIRE GENERAL DES NATIONS UNIES,
M. KOFI ANNAN
DECLARATION CONJOINTE

 

(Genève, 30 janvier 2004)

Action contre la faim et la pauvreté

1. A l'initiative du président Luiz Inácio Lula da Silva, Nous, Jacques Chirac, président de la République française, Luiz Inácio Lula da Silva, président de la République fédérative du Brésil, Ricardo Lagos, président de la République du Chili et Kofi Annan, Secrétaire général de l'Organisation des Nations unies, nous sommes réunis ce jour, 30 janvier 2004, à Genève, pour un échange de vues sur les questions sociales et économiques mondiales, et notamment sur la question de l'éradication de la pauvreté et de la faim.

2. Nous avons souligné la nécessité d'un multilatéralisme effectif et, à cet égard, avons réaffirmé le rôle central des Nations unies et avons réitéré notre soutien au processus de réforme engagé par le Secrétaire général.

3. Nous avons exprimé notre vive inquiétude face aux tragédies humaines provoquées par la faim et la pauvreté dans le monde. Nous avons rappelé qu'un milliard cent millions de personnes luttent pour survivre avec moins d'un dollar par jour ; qu'environ 840 millions de personnes souffrent de la faim et que, selon les estimations, 24.000 personnes meurent chaque jour, 11 enfants de moins de cinq ans chaque minute des suites de la faim. Nous avons mis en relief les liens négatifs existant entre la faim et la pauvreté, la santé, l'éducation et le développement. La faim est propice à la propagation de la maladie, limite les facultés d'apprentissage des enfants, réduit les capacités de travail et désorganise les sociétés. Nous avons mis l'accent sur l'effet multiplicateur de la propagation du VIH/SIDA sur la faim et la pauvreté, en particulier en Afrique.

4. Nous avons exprimé notre ferme détermination à œuvrer ensemble afin de promouvoir une coopération internationale accrue et d'accroître la disponibilité des ressources pour faire face aux défis socio-économiques urgents, en particulier celui de la faim et de la pauvreté. Nous avons également marqué notre soutien aux travaux entrepris sous les auspices de la FAO/OAA sur le droit à une nourriture adéquate.

5. Nous avons souligné que les buts et objectifs quantifiables et assortis d'échéances, convenus lors du Sommet du Millénaire, et en particulier l'objectif de réduire de moitié le nombre de personnes sous-alimentées d'ici à 2015, demeurent l'axe de la lutte contre la faim et la pauvreté. La mise en œuvre des Objectifs de développement pour le Millénaire (ODM) demeure inégale et lente. Un grand nombre de nations, notamment en Afrique et parmi les pays les moins avancés, ne seront pas en mesure d'atteindre ces objectifs de développement, malgré leurs efforts, à moins de recevoir des ressources extérieures et un appui substantiels.

6. Alors que les pays en développement continuent de faire des efforts importants pour réduire la pauvreté, nous avons également mis l'accent sur la relation entre développement et réduction de la pauvreté, ainsi que sur l'importance de progrès constants dans la gouvernance. Dans ce contexte, nous avons souligné la nécessité de poursuivre les efforts déployés pour une meilleure prise en compte du fardeau de la dette, l'augmentation des flux d'APD et la réduction des incertitudes du système commercial international, dans le but de faciliter le développement.

7. Nous nous sommes accordés à penser que le "Dialogue élargi" entre le G-8 et les pays en développement constitue une initiative importante dans la recherche de solutions aux défis socio-économiques actuels, en particulier l'éradication de la faim et de la pauvreté.

8. Nous avons pris acte de l'émergence du G-20 et nous souhaitons qu'il joue un rôle positif dans la mise en place d'un système commercial multilatéral qui offre des opportunités à tous ses partenaires.

9. A la lumière de ces défis, nous avons considéré qu'il était vital de forger un partenariat réellement planétaire pour mobiliser la volonté politique et le soutien financier, impliquer les gouvernements, le système des Nations unies et les institutions financières, réorienter les priorités et les politiques de développement et renforcer les capacités, en associant à cette initiative des acteurs de la société civile et du secteur privé.

10. Nous avons rappelé que la Conférence internationale de Monterrey sur le financement du développement et le Sommet mondial de Johannesburg sur le développement durable ont fourni des paramètres importants pour établir une coalition et assurer un soutien en vue d'un partenariat planétaire. Ces efforts appellent une mise en œuvre rapide des engagements ainsi qu'une action de la part à la fois des pays en développement et des pays développés, notamment par des partenariats avec les ONG et les entreprises privées. Nous avons également souligné que des financements adéquats doivent être apportés aux organismes des Nations unies. Des sources innovantes de financement devraient également être explorées.

11. Fermement déterminés à établir des partenariats solides, et afin d'intensifier les efforts en cours pour la mise en œuvre des ODM :

- Nous appuyons l'objectif d'une alliance mondiale contre la faim et la pauvreté, dans le cadre de laquelle les pays en développement recevront un appui continu à leurs efforts nationaux en vue d'assurer un développement soutenu, des politiques sociales efficaces et des institutions démocratiques fortes, y compris par l'allégement des dettes, l'investissement direct et autres flux de capital à long terme, l'augmentation de l'aide, ainsi qu'un commerce plus équitable ;

- Nous invitons les dirigeants du monde à rejoindre cette alliance, en ayant à l'esprit que, selon les termes du Secrétaire général, "un monde prisonnier de la faim, de la maladie et de la pauvreté ne peut être un monde de paix " ;

- Nous appelons à des contributions substantielles de la part des pays donateurs et du secteur privé aux différents fonds et initiatives pour combattre la faim et la pauvreté, parmi lesquels le FIDA, le Programme alimentaire mondial, le Fonds spécial pour la sécurité alimentaire de la FAO/OAA, le Fonds de solidarité mondiale et le fonds fiduciaire mis en place par le Brésil, l'Inde et l'Afrique du Sud dans le cadre du PNUD (Fonds IBSA pour l'élimination de la faim et de la pauvreté) ;

- Nous invitons également la Banque mondiale et les autres institutions financières, y compris les banques régionales de développement, à accroître leurs programmes dans ce domaine ;

- Nous encourageons fermement, dans ce contexte, ces organisations et initiatives internationales à coordonner davantage leurs activités, en donnant au Secrétaire général un rôle accru de supervision et de suivi.

12. Afin de contribuer par des actions concrètes à la lutte contre la faim et la pauvreté et pour aider à combler le fossé financier qui met en péril la réalisation de l'objectif de développement pour le Millénaire consistant à réduire le nombre de personnes sous-alimentées de moitié d'ici à 2015, Nous, Jacques Chirac et Luiz Inácio Lula da Silva, décidons de mettre en place un groupe technique chargé d'étudier les différentes propositions pour :

- Promouvoir des sources innovantes de financement, telles qu'une facilité internationale de financement, proposée par le Gouvernement britannique, ainsi que des taxes sur certaines transactions internationales comme, entre autres, certains types de ventes d'armes et certaines transactions financières. Des mécanismes pour la participation de sources de financement privées volontaires devraient également être envisagés.

- Examiner des mécanismes propres à orienter efficacement ces éventuelles ressources additionnelles vers un fonds spécial de lutte contre la faim et la pauvreté, sous le contrôle des institutions multilatérales appropriées. Un tel fonds devrait répondre, en priorité, aux besoins les plus urgents dans le domaine de l'éradication de la faim et de la lutte contre la pauvreté.

- Etudier les moyens par lesquels les institutions spécialisées des Nations unies et le PNUD pourraient accompagner l'action de la FAO/OAA, du PAM et du FIDA et d'autres programmes des Nations unies dans l'identification, la dissémination et la promotion des meilleures pratiques pour lutter contre la faim et la pauvreté.

13. Le groupe technique sera composé d'experts du Brésil, de la France et d'autres pays intéressés et préparera un rapport sur les sujets mentionnés ci-dessus d'ici à septembre 2004, en tant que contribution au travail sur les sources innovantes de financement en cours au sein des Nations Unies et d'autres instances.

14. Nous, Jacques Chirac et Luiz Inácio Lula da Silva, exprimons notre intérêt pour la poursuite du "dialogue élargi" du G-8, afin qu'une discussion sur des moyens novateurs de financer la lutte contre la faim et la pauvreté puisse avoir lieu. Nous proposons également que la question soit discutée par les Etats membres pendant les prochaines sessions des organes directeurs du FIDA, de la FAO/OAA et du PAM, ainsi que dans le cadre de l'Assemblée générale à sa cinquante-neuvième session, et par les dirigeants mondiaux lorsqu'ils se rencontreront en 2005 pour évaluer les progrès réalisés dans la mise en œuvre des ODM.

15. Le Secrétaire général accueille ces propositions avec satisfaction./.

(Source : site Internet de la présidence de la République)

 

III.-

LETTRE DE CONDOLEANCES
DU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE,
M. JACQUES CHIRAC,
ADRESSEE A SA MAJESTE FAHD BIN ABDULAZIZ AL SAOUD,
ROI D'ARABIE SAOUDITE,
A LA SUITE DU DRAME SURVENU
LORS DU PELERINAGE DE LA MECQUE

 

(Paris, 1er février 2004)

Sire,

C'est avec consternation et une profonde tristesse que j'ai pris connaissance de la tragédie au cours de laquelle de très nombreux fidèles réunis à l'occasion du pèlerinage de La Mecque ont trouvé la mort.

Dans ces circonstances dramatiques, je tiens à exprimer mes sincères condoléances à Votre Majesté et à L'assurer de la sympathie et de la solidarité du peuple français.

Je prie Votre Majesté, d'agréer, l'expression de ma très haute considération et de mon amitié dans l'épreuve./.

(Note : mentions manuscrites en italique)

 

IV.-

JOURNEE FRANCO-ALLEMANDE
ALLOCUTION DU PREMIER MINISTRE,
M. JEAN-PIERRE RAFFARIN

 

(Paris, 22 janvier 2004)

Messieurs les Ambassadeurs,

Monsieur le Président,

Cher Alfred Grosser,

Chères Etudiantes, Chers Etudiants et Elèves,

Mesdames, Messieurs,

Ich bin sehr froh, dass sie so zahlreich ins Hotel de Matignon gekommen sind, um den deutsch-französischen Tag zu feiern. Dafür danke ich Ihnen sehr herzlich. Ich wünsche Ihnen ein frohes Neues Jahr, viel Glück, Gesundheit und Erfolg. Und ich wünsche uns allen ein sehr frohes deutsch-französisches Jahr!

Je suis particulièrement heureux de vous voir si nombreux à l'Hôtel de Matignon pour célébrer pour la première fois la journée franco-allemande. Je vous en remercie sincèrement. A chacune et à chacun d'entre vous, je souhaite une très bonne année 2004, faite de bonheur, de santé et de réussite professionnelle. Et je souhaite à nous tous une très bonne année franco-allemande.

Wie sie wissen, habe ich meine Weihnachtsferien mit meiner Familie am Bodensee verbracht. Ich möchte Ihnen und allen Franzosen sagen: ich bin begeistert aus Deutschland zurückgekommen. Leider hat Deutschland in Frankreich nicht so einen guten Ruf als Urlaubsland. Ich kann Ihnen sagen, dies ist nicht gerechtfertigt. Ich möchte meinen deutschen Freunden für Ihre Gastfreundschaft danken. Ich habe sehr gut gegessen und den deutschen Wein genossen. Die Landschaft am Bodensee ist sehr schön! Ich würde mich sehr freuen, wenn viele Franzosen ihren Urlaub in Deutschland verbringen würden.

Ich möchte den Franzosen Lust auf Deutschland machen!

Und deshalb möchte ich heute mit Ihnen den ersten deutsch-französischen Tag feiern.

Comme vous le savez, j'ai passé mes vacances de Noël avec ma famille au bord du lac de Constance. Et je veux vous dire, ainsi qu'à tous les Français : je suis rentré enthousiasmé par mes vacances en Allemagne ! Malheureusement l'Allemagne a en France une image peu attractive quant il s'agit d'y passer des vacances ! Pourtant je peux vous dire que cela n'est pas du tout justifié ! Je souhaite remercier mes amis allemands pour leur convivialité pendant mes vacances.

J'ai particulièrement bien mangé et les vins allemands sont délicieux. J'encourage donc vivement les Français à passer leurs vacances en Allemagne. Je tiens à leur donner le goût de l'Allemagne.

Et c'est pourquoi j'ai voulu célébrer avec vous aujourd'hui la première journée franco-allemande.

Rapprocher les peuples pour renforcer l'Europe

Le thème officiel de la journée franco-allemande pour les établissements scolaires est : " L'élargissement de l'Union européenne : de nouvelles formes de dialogue avec des partenaires historiques de la France et de l'Allemagne".

Une vision commune de l'Europe

L'Europe, c'est d'abord une vision du monde, avant d'être une géographie et même une histoire.

C'est pourquoi au cœur du projet européen, il y a la volonté de rapprocher les peuples, comme le disait si bien Jean Monnet.

Aujourd'hui, l'Europe de l'Est n'existe plus, nous avons cassé tous les murs, grâce notamment à l'Allemagne et à ses efforts.

La France a toujours eu une vision ambitieuse de l'Europe. Vous la partagez, et parfois même reconnaissons-le, vous la précédez… : l'Europe est pour nous une volonté, celle de faire advenir un modèle de société fondé sur les Droits de l'Homme, le développement économique et la solidarité.

L'importance du "franco-allemand" pour l'Europe

L'Europe a toujours eu besoin d'un moteur puissant et c'est d'autant plus vrai aujourd'hui que nous sommes à 25. Le train européen doit être tiré par une locomotive forte et j'ai confiance dans la double traction de nos deux pays.

Cela fait aujourd'hui exactement un an que nous avons fêté à Versailles le 40ème anniversaire du Traité de l'Elysée en réunissant pour la première fois l'Assemblée nationale et le Bundestag en présence du président de la République et du chancelier allemand. 2003 fut une grande année pour la relation franco-allemande. On se souvient que le Président de la République française a parlé au nom du chancelier allemand. C'était un moment historique dans notre histoire européenne et nous avons là une preuve de proximité qu'il faut souligner.

Cette année a vu également la disparition d'une figure importante qui a beaucoup fait pour rapprocher nos peuples, je veux parler de Brigitte Sauzay.

Je me souviens encore, dès ma nomination, de la visite de Premiers ministres de différents pays d'Europe venant me voir avant l'élargissement, quand nous buttions sur les difficultés de la Politique agricole commune (PAC) et me disant : entendez-vous avec les Allemands car nous n'allons pas pouvoir financer l'élargissement s'il n'y a pas un accord franco-allemand. Et quand on s'entend, on nous dit : attention, il ne faudrait pas que cette entente soit impérialiste. Non, ce n'est pas l'objectif, l'objectif c'est l'efficacité, au service de l'Europe.

Cette dynamique, nous devons veiller à ce qu'elle soit toujours ouverte, je dirais, ouverte aux étages supérieurs comme ouverte aux étages inférieurs. Il ne s'agit pas pour nous d'être un tandem pour l'Europe, il s'agit d'être toujours disponible pour constituer des trios, des quatuors : oui au Triangle de Weimar avec nos amis polonais, oui à la réunion avec nos amis britanniques pour avancer sur le terrain de la défense, oui à des coopérations qui sont ouvertes aux autres. L'alliance, la proximité, l'amitié franco-allemande n'est pas fermée sur elle-même, elle tend en permanence la main aux autres.

La nécessité de rapprocher les peuples

Mais la proximité au sommet doit être vécue aussi sur le terrain.

Nos peuples ont déjà une grande proximité, du fait qu'ils doivent affronter les mêmes problèmes : la démographie en baisse, les difficultés d'adaptation de nos industries à la nouvelle donne mondiale, la nécessité d'adapter nos régimes de protection sociale, la nécessité de faire évoluer notre droit du travail pour éviter qu'un droit qui protège ne se transforme en droit qui pénalise.

C'est d'ailleurs en regardant à l'Est du Rhin que j'ai conçu mon Agenda 2006 pour une France d'ouverture.

L'écho extraordinaire du 40ème anniversaire du Traité de l'Elysée et de toutes les actions et projets des gouvernements français et allemand, a créé aussi une grande attente de la part de la société civile dans nos pays respectifs. Nous n'avons pas le droit de les décevoir. Le lien entre les actions à la base et l'action des gouvernements n'est pas toujours évident et visible pour les citoyens.

La conférence à Poitiers le 27 et 28 octobre 2003 en faveur d'un rapprochement des régions françaises et des Länder allemands donne un nouvel élan à l'amitié franco-allemande. Des propositions concrètes à partir des expériences sur le terrain pourraient aider à approfondir cette relation et à la rendre encore plus tangible pour chaque citoyen, en France et en Allemagne, dans sa vie quotidienne.

A cette occasion je veux remercier en particulier tous ceux qui ont aidé à réaliser les plus de 2200 jumelages entre les villes françaises et allemandes et les 5000 partenariats scolaires. Tous cela dépend d'un engagement volontaire et d'une conviction franco-allemande forte. Je tiens à soutenir ces initiatives et à vous encourager à inciter le plus grand nombre de nos citoyens à participer à ce partenariat.

C'est dans cet esprit que nous avons créé la journée franco-allemande qui est consacrée à la présentation des relations bilatérales, à la promotion de la langue et de la culture du pays partenaire et à une action particulière d'information sur les possibilités d'études et d'emploi dans le pays partenaire dans toutes les institutions des systèmes éducatifs de nos pays.

Une situation qui ne me satisfait pas

Une volonté depuis longtemps exprimée

Le Traité de l'Elysée de 1963 qui scelle l'amitié franco-allemande a plus de 40 ans : nos deux peuples, à travers leurs institutions, ont depuis longtemps exprimé clairement leur volonté de créer leur futur en commun.

Les conséquences de ces engagements apparaissent plus ou moins clairement aux yeux de nos concitoyens : plus de 7 millions de jeunes français et allemands ont participé à des échanges de l'Office franco-allemand de la jeunesse (OFAJ) ; l'Allemagne est le premier partenaire économique de la France. Les échanges entre les deux pays représentent près de 15 % de leur volume total d'échanges commerciaux ; l'Allemagne et la France travaillent en étroite collaboration à la construction d'une Union européenne plus juste, plus forte, plus unie.

Mais il est également réaliste de constater que malgré ces 41 années d'effort, la relation franco-allemande n'a pas atteint l'ampleur que l'on pouvait imaginer.

Un déclin réel (langue, tourisme)

La promotion de l'apprentissage de la langue du partenaire est devenue une priorité dans les relations franco-allemandes. Mais, je suis inquiet du déclin dramatique de l'apprentissage de l'allemand en France. Le nombre des élèves qui apprennent l'allemand comme première ou deuxième langue en France a baissé de 50 % en l'espace de ces 20 dernières années et la tendance reste régressive. La demande pour le français en Allemagne est également en régression.

Si cette tendance continue, je vois venir le danger d'un désintérêt mutuel des jeunes générations de nos deux pays. Le déclin de l'apprentissage de l'allemand signale le déclin général de l'intérêt porté à la connaissance de l'Allemagne.

Ce déclin joue également un rôle important pour nos deux économies. L'Allemagne est le premier partenaire économique de la France et ces relations commerciales ont besoin d'agents qui connaissent le comportement, la culture et la langue de l'autre pays. La France est en manque de germanophones dans de nombreux secteurs, que ce soit le commerce, l'industrie ou le tourisme.

Je regarde également avec souci le manque d'intérêt pour l'Allemagne en France concernant le tourisme, même si le nombre des touristes français en Allemagne a augmenté l'année dernière. Il y a 15 millions touristes allemands en France, mais seulement 1,6 millions voyages français en Allemagne. Cette asymétrie est aussi liée à l'image touristique peu attractive de l'Allemagne en France et cette image est très souvent basée sur l'ignorance et une mauvaise connaissance.

Il est temps de faire le bilan de l'action entreprise.

La nécessité d'un audit

Plutôt que de lancer une nouvelle fois un appel à nos concitoyens, ce qui pourrait paraître vain, je suggère deux actions concrètes et crédibles :

Je demande à Luc Ferry et à Noëlle Lenoir de réaliser conjointement un audit des mesures déjà mises en œuvre afin de favoriser la langue du partenaire dans les deux pays et d'améliorer la connaissance réciproque. Cet audit devra relever les actions efficaces et souligner les annonces qui n'ont pas été suivies d'effet. Il nous faut mieux repérer, en France comme en Allemagne, les bonnes pratiques afin de les diffuser.

Pour faciliter la lisibilité des progrès de la relation franco-allemande, nous avons besoin d'un instrument de pilotage. Je demande également aux ministres, d'élaborer, en lien avec nos partenaires allemands, une série de critères simples qui permettront à tous de juger et d'évaluer l'efficacité de ce rapprochement : par exemple, la connaissance des langues mutuelles, le nombre de jumelage, le nombre des étudiants français en Allemagne et vice versa, le tourisme mutuel…

A l'appui de ces critères, chaque ministère devra rendre compte, à l'occasion du 22 janvier chaque année, des efforts entrepris dans son secteur, ce qui compléterait les feuilles de route pour les Conseils de ministres franco-allemands. Les buts précis et chiffrés (ex. Déclaration de Poitiers, objectif de progression de 50 % en dix ans pour l'apprentissage de la langue de l'autre) que nous nous donnons régulièrement pourront ainsi être suivis de plus près.

Une politique globale : le goût de l'avenir, c'est le goût de l'Allemagne

Il faut maintenant agir en particulier sur trois thèmes : la langue, la jeunesse, les échanges.

La langue

De bonnes raisons pour apprendre l'allemand

Si j'avais encore un enfant en âge de choisir une langue à l'école, je lui conseillerais de prendre l'allemand et je salue les élèves français ici présents qui étudient l'allemand.

L'allemand est une langue clé en Europe ; l'allemand est une langue des affaires et de l'emploi (2 700 entreprises allemandes en France offrent en tout 300 000 emplois) ; l'allemand est une langue de culture.

L'allemand est une langue des échanges : chaque année, plus de 200 000 échanges ont lieu lors de stages, dans les domaines sportifs, professionnels, linguistiques, scolaires et universitaires. Environ 6 200 étudiants français font une partie de leurs études en Allemagne.

Ne croyons pas que nous défendrons le français dans le monde si nous ne sommes pas capables de défendre l'allemand. Le destin de nos langues est lié. C'est en défendant les combats des autres que nous défendrons notre diversité culturelle. La diversité culturelle, ce n'est pas simplement le français. La diversité culturelle, c'est une Europe vivante ; c'est aujourd'hui la capacité de chaque individu en Europe à pouvoir parler le plus vite possible trois langues, c'est que l'on puisse parler le plus possible l'allemand et bien sûr le français, c'est qu'on puisse se parler directement dans nos langues, sans passer forcément par l'anglais.

Plusieurs de mes ministres parlent l'allemand. Je suis convaincu que cela aidera à dynamiser le moteur franco-allemand et à faciliter la compréhension sur le plan politique. Il est plus facile d'avoir un accord franco-allemand si les ministres concernés peuvent s'entretenir sans traducteur.

Les pistes d'action

Les exemples positifs comme le "Deutsch-Mobil" et le France-Mobil qui visitent des établissements scolaires sont des exemples efficaces pour faire augmenter les inscriptions pour l'allemand et le français : parfois les inscriptions montent à 70 % ! Ces initiatives sont d'ailleurs récompensées aujourd'hui à Berlin par le prix de Gaulle-Adenauer que remettent Noëlle Lenoir et de Hans-Martin Bury - Secrétaires généraux pour la coopération franco-allemande - , qui présentent également un site Internet franco-allemand.

Grand débat sur l'école : J'attends du grand débat sur l'école des propositions concrètes concernant la promotion de la langue du pays partenaire pour augmenter le nombre des élèves qui apprennent l'allemand.

Campagne Institut Goethe : c'est dans ce contexte que je suis très heureux que l'Institut Goethe et le ministère des Affaires étrangères allemand aient pris l'initiative de présenter hier une campagne graphique pour améliorer l'image de la langue allemande en France. Je suis très heureux que l'ambassadeur d'Allemagne et la directrice de l'Institut Goethe soient présents aujourd'hui.

Vous avez choisi le slogan : on a tout à faire ensemble. Et vous avez raison ! Même si nous ne savons pas qui est l'homme et qui est la femme dans ce couple franco-allemand : nous savons que nous avons beaucoup en commun, que nous partageons une héritage historique et nous sommes les deux seuls pays dans le monde à former un couple ! Cette campagne pourrait donner aux jeunes français l'envie de passer des vacances en Allemagne, d'inviter des Allemands en France. Nous pouvons ensemble donner le goût de l'Allemagne aux Français et je vous remercie vivement pour cette initiative.

Je suis très heureux que Martina Gedeck soit avec nous aujourd'hui. Vous êtes l'actrice de l'année 2002 en Allemagne et vous êtes très engagée dans la promotion de cette campagne en France.

Les échanges entre nos deux pays sont essentiels et nécessaires pour faire vivre cette amitié franco-allemande. C'est pourquoi je veux également améliorer l'image de l'Allemagne en France. Une campagne pour l'allemand doit être liée aussi avec une campagne pour l'Allemagne - et la France peut s'engager dans ce sens.

La jeunesse

Les étudiants présents

Il y a beaucoup d'étudiants allemands présents aujourd'hui. Je veux vous inviter à vous investir dans un rôle d'acteur dans cette campagne pour l'amélioration de la connaissance du pays de l'autre.

Nous avons aujourd'hui 6200 étudiants français en Allemagne et 5500 étudiants allemands en France, c'est surtout grâce aux programmes européens comme Erasmus, à l'Université franco-allemande et au travail du DAAD (Office allemand d'échanges universitaires) et de son bureau parisien.

Je suis très heureux que le président du DAAD - M. Theodor Berchem - soit présent aujourd'hui et je vous remercie pour votre travail intensif. C'est un plaisir pour moi d'accueillir ici de nombreux étudiants du DAAD qui font leurs études à Paris dans les universités et les grandes écoles. Je sais que vous - les étudiants et étudiantes allemands - êtes déjà de plus en plus nombreux en France. Je suis optimiste quant à l'augmentation de votre nombre dans un proche avenir !

Trois pistes d'action

Si on parle de la Jeunesse, il faut parler de l'OFAJ. Je tiens à remercier l'OFAJ pour son travail quotidien. L'OFAJ joue un rôle important dans l'approche de la Jeunesse en France et en Allemagne.

A l'occasion de la journée franco-allemande je demande au conseil d'administration de l'OFAJ de réfléchir aux possibilités d'action dans les domaines suivants :

1. La priorité absolue des ressources humaines et financières de l'OFAJ doit être l'augmentation du nombre de Français et d'Allemands qui apprennent la langue du partenaire.

2. L'OFAJ devrait également renforcer son rôle de sensibilisation des jeunes à la construction européenne.

3. L'OFAJ enfin pourrait également donner plus de responsabilités aux jeunes dans la conduite de leurs projets.

Sur le plan Jeunesse, je souhaite également encourager ARTE - un organisme unique qui travaille quotidiennement à rapprocher nos deux sociétés - à renforcer son action en direction de la jeunesse, en développant comme elle l'a fait récemment des émissions destinées aux jeunes des deux pays et à leur dialogue.

Les effets à long terme d'une formation d'une grande communauté franco-allemande seront essentiels pour la coopération de nos deux pays en faveur d'une Europe unifiée.

Je souhaite au cours de cette année que nous puissions progresser de façon concrète sur la voie du rapprochement entre nos deux peuples.

J'espère que les mesures que j'ai dessinées pendant mon discours peuvent nous aider à réussir d'une façon crédible :

"On a tout à faire ensemble" : c'est vrai. Et ensemble nous avons encore beaucoup à faire pour redonner l'élan aux relations franco-allemandes sur le terrain.

Ich danke Ihnen, dass Sie gekommen sind. Und ich hoffe, dass ich im nächsten Jahr noch besser deutsch sprechen kann.

Und nun lassen Sie uns gemeinsam auf den deutsch-französischen Tag anstossen !

Danke./.

(Source : site Internet du Premier ministre)

 

V.-

VISITE EN IRLANDE
ALLOCUTION DU MINISTRE DES AFFAIRES ETRANGERES,
M. DOMINIQUE DE VILLEPIN

 

(Dublin, 30 janvier 2004)

Mesdames, Messieurs,

Je suis très heureux de m'adresser à vous ici, au City Hall de Dublin, dans ce haut lieu de la mémoire irlandaise. Des funérailles de Parnell à l'installation du gouvernement provisoire de Michael Collins, en passant par le soulèvement de Pâques en 1916, cet édifice relate toute l'histoire de l'émancipation de l'Irlande.

Nous vivons une époque exceptionnelle, marquée par un paradoxe. D'un côté, les tensions s'accroissent avec la multiplication des crises dans le monde et la menace d'un affrontement entre les cultures et les identités. De l'autre, face à ce risque, une logique d'union et de regroupement régional est à l'œuvre, dont l'Europe constitue un acteur majeur. L'élargissement, l'approfondissement, l'adoption d'une Constitution : autant de défis qu'il nous revient de relever ensemble pour conforter la paix et la stabilité sur notre continent, et dans le monde.

Entre les forces d'ordre et de désordre, c'est une véritable course de vitesse qui s'engage. Pour l'emporter, nous devons prendre la mesure des nouvelles réalités d'un monde mû par une dialectique nouvelle : celle d'une mise en relation de tous les peuples et de toutes les cultures à travers la mondialisation ; mais aussi celle d'un besoin d'enracinement, d'ancrage et d'appartenance à une identité ou à une terre.

Face aux risques de rupture, il nous faut concilier aujourd'hui ces deux aspirations : marier le planétaire et le local, réconcilier les identités et la modernité, réunir nos énergies pour construire une Europe plus forte et plus unie.

*

* *

L'Irlande tient une place privilégiée dans le cœur de tous les Français. Rarement deux peuples auront été unis par des liens aussi durables, remontant jusqu'aux âges où l'Hibernie et la Gaule appartenaient à la même civilisation celtique et parlaient des langues sœurs. Malgré le limes romain qui sépara nos deux univers, malgré la rivalité des ambitions hégémoniques qui livraient l'Europe à la tourmente, nos deux peuples sont toujours restés fidèles l'un à l'autre.

A de multiples reprises, au cours du passé, nos chemins se sont croisés en miroir.

Chemin des missionnaires irlandais venus en France partager leur appétit de connaissance : autant d'âmes ardentes et d'esprits exigeants, avec l'appui desquels notre pays se couvrit de monastères dans lesquels fut sauvé l'héritage antique. Plusieurs siècles plus tard, lors de la Réforme anglicane, les clercs et les étudiants venus d'Irlande trouvèrent refuge en France ; c'est d'ailleurs à cette époque que fut fondé à Paris le Collège des Irlandais, aujourd'hui enfin restauré.

Mais aussi le chemin des soldats, quand le Traité de Limerick amena à nos côtés sur le sol français ceux que l'on a surnommés les "Wild Geese". Ils constituèrent les régiments de cette fameuse brigade irlandaise qui devait se couvrir de gloire aux côtés de nos soldats jusqu'en 1791, en particulier lors de la bataille de Fontenoy. Louis XV, qui déplorait leur excès d'intrépidité devant l'archevêque Dillon, autre héritier d'une lignée irlandaise établie en France, s'entendit répondre que les ennemis du roi, eux aussi, s'en plaignaient hautement sur les champs de bataille.

Nous avons partagé également le chemin difficile et parfois violent des idéaux et de la ferveur révolutionnaire. La clameur de la Révolution en France anime la révolte des "Irlandais Unis", avec Wolf Tone, devenu général de la République, qui se fera l'avocat inlassable de leur cause au point que notre pays enverra à deux reprises des corps expéditionnaires soutenir les insurgés. L'idéal républicain est depuis lors ancré au plus profond de la conscience de nos deux peuples.

D'autant que les échanges d'idées se poursuivent. Une jeune génération de penseurs français désireux de réconcilier l'Eglise et le libéralisme politique, avec Lamennais et Montalembert, éprouve une véritable fascination pour Daniel O'Connell. Pendant qu'Alexis de Tocqueville scrute les Etats-Unis, son compagnon de voyage Gustave de Beaumont ausculte l'Irlande. Plus tard, en 1848, c'est le mouvement politique et littéraire de la "Jeune Irlande" qui s'enthousiasme pour la Révolution à Paris.

N'oublions pas enfin le chemin du sacrifice : lorsque la France fut confrontée aux plus graves périls de son histoire, de nombreux Irlandais s'engagèrent à ses côtés, en particulier lors de la Première Guerre mondiale où plus de 200.000 Irlandais volontaires combattirent. Plusieurs dizaines de milliers d'entre eux y ont laissé leur vie ; certains reposent sur notre terre. Il est juste de s'en souvenir et je souhaite ici leur rendre hommage au nom de la France.

*

Aujourd'hui nos deux peuples ont en commun, par delà cette longue histoire partagée, un attachement fort à la culture et à tout ce qui, dans un monde de plus en plus soumis au règne du marché, élève l'Homme et le guide à travers le monde. L'identité irlandaise se lit dans les pierres et les bâtiments mais aussi dans cette part de désir et de rêve qui se dégage de l'œuvre de vos poètes, romanciers et dramaturges.

Vos écrivains, comme votre peuple, n'ont cessé d'osciller entre la passion du sol et l'appel du large. Yeats chante dans ses poèmes son amour pour la terre mythique des bardes et des traditions ancestrales qui continuent de hanter la grotte de Fingal et les rives du vent sur la côte escarpée.

"Même si le grand chant ne doit plus reprendre

Ce sera pure joie, ce qui nous reste :

Le fracas des galets sur le rivage

Dans le reflux de la vague"

Joyce lui répond par son goût pour le voyage, qui le mène de Venise à Trieste en passant par Paris où paraît la première édition d'"Ulysse". Dans quelques mois, nous allons pouvoir célébrer une fête originale, le centième anniversaire d'une journée fictive et romanesque, mais inoubliable : celle du 16 juin 1904, que parcourent à travers plus de mille pages les héros de Joyce : Léopold Bloom et Stephen Dedalus. D'une cité à l'autre - Dublin où se déroule l'Odyssée moderne, Paris où l'écrivain vit les vingt dernières années de sa vie - le périple de Joyce est celui d'une écriture nouvelle, qui traverse la surface labyrinthique des villes pour explorer les méandres profonds de l'âme humaine. Quelques années plus tard, Samuel Beckett suivra le même itinéraire de Dublin à Paris, où il assiste Joyce dans l'élaboration de "Finnegans Wake". Son œuvre, en anglais comme en français, porte la marque de cette double culture grâce à laquelle il a pu interroger la condition humaine jusqu'à la lucidité la plus extrême et la plus douloureuse. Mais, au-delà de la littérature, de nombreux peintres irlandais sont aussi venus enrichir de leurs talents les Ecoles françaises, à l'instar de John Lavery ou de Nathaniel Hone - et grâce à eux certains paysages de Bretagne ou de la forêt de Fontainebleau ornent maintenant les murs de la National Gallery de Dublin.

Aujourd'hui les enjeux identitaires deviennent de plus en plus importants au cœur des grandes mutations de ce monde. Songeons aux drames des Balkans ou de l'Ouest de l'Afrique, qui résultent pour une grande part de tensions d'ordre culturel, historique ou ethnique autrefois gelées par l'équilibre des deux grands blocs. Mais songeons également à la construction européenne qui, au fil des élargissements successifs, fait réapparaître les liens anciens qui unissent nos identités pour les rassembler autour d'un grand projet d'avenir. Nous voilà aujourd'hui côte à côte pour défendre la diversité des regards face à l'uniformisation des modes de vie, et pour faire vibrer la polyphonie du monde.

*

* *

Ces chemins suivis ensemble à travers les siècles sont autant d'engagements communs qui nous ont permis d'établir des relations solides, profondes et confiantes.

L'admiration y a sa part. Un peuple qui, comme le vôtre, a si souvent fait la preuve de son courage et de sa détermination face aux épreuves de l'Histoire, parfois si douloureuses - je pense par exemple à la grande famine du milieu du XIXème siècle - ne peut que susciter notre sympathie, comme celle du général de Gaulle qui a choisi de venir en Irlande - pays de ses ancêtres Mac Cartan - au sortir de sa vie politique. "Dans les circonstances importantes de ma vie, comme actuellement, expliqua-t-il alors, c'est une sorte d'instinct qui m'a porté vers l'Irlande, peut-être à cause du sang irlandais qui coule dans mes veines mais aussi parce qu'il s'agit de l'Irlande, qui tient depuis toujours une place exceptionnelle dans le cœur des Français." C'est durant ce séjour qu'il commença la rédaction de ses "Mémoires d'espoir". Le chaleureux accueil qu'il reçut reste pour beaucoup d'entre nous un témoignage de l'amitié franco-irlandaise.

Aujourd'hui la communauté française d'Irlande, forte d'environ 11.000 personnes, ne cesse de grandir. Les Français apprécient à l'évidence votre dynamisme. Car l'extraordinaire réussite économique que vous avez connue au cours de la décennie passée témoigne de la vitalité d'une société résolument ouverte sur le monde, qui a su mobiliser toutes ses énergies pour devenir la patrie des nouvelles technologies. Que de produits nouveaux nés dans vos usines ou dans vos laboratoires de recherche !

Nos échanges se sont considérablement accrus depuis quelques années : la France est désormais le 4ème partenaire commercial de l'Irlande. Avec 130 filiales, nos entreprises participent activement à l'essor de l'économie irlandaise grâce à leurs investissements locaux. Nous souhaitons aller plus loin encore pour être à la hauteur de l'ambition commune nourrie par nos deux pays.

Cette réussite est également celle d'un modèle de société qui a gardé le sens de la mesure, le souci de la nature, la conscience de nos responsabilités envers les peuples moins bien pourvus. L'Irlande a connu de trop près la misère et le malheur, ses enfants ont trop souvent dû prendre le chemin du départ pour ne pas vibrer spontanément aux grandes causes humanitaires qu'une personnalité comme Sean McBride, prix Nobel de la paix, a su incarner. A l'heure où s'ouvre un âge nouveau de l'Europe, comment ne pas trouver dans cette expérience irlandaise une source d'inspiration précieuse ?

L'influence d'une nation ne se mesure pas à l'étendue de son territoire. L'Irlande entretient en effet des liens forts et permanents avec les descendants de ses enfants qui, par millions, ont émigré outre-mer, en particulier aux Etats-Unis. Ce sens des racines communes permet à votre pays de rayonner bien au-delà de ses frontières et le dispose tout naturellement à jouer un rôle de trait d'union entre l'Europe, l'Amérique et d'autres continents. Cette diaspora irlandaise, qui a compté et compte encore dans ses rangs nombre de personnalités éminentes, offre l'un des meilleurs témoignages de la vitalité de votre nation : ne dit-on pas, ainsi, qu'un quart des chefs d'entreprise américains sont d'origine irlandaise ?

Poids de l'Histoire et attrait de la nouveauté se conjuguent pour donner une vigueur particulière à notre relation culturelle. En Irlande, le français est enseigné à plus de 60 % des élèves du secondaire et l'Alliance française de Dublin connaît un succès qui fait d'elle le plus grand établissement de ce type en Europe. Notre coopération scientifique prend de l'ampleur et s'annonce prometteuse dans des secteurs comme les Nouvelles Technologies de l'Information et des Communications ou les biotechnologies. De l'autre côté de la mer, il ne se passe pas de saison sans qu'un théâtre parisien ne monte une pièce appartenant à votre répertoire. Les grands auteurs irlandais ont toute leur place dans les programmes de nos classes de lycée. Vos romanciers contemporains connaissent un succès de plus en plus grand auprès des lecteurs français.

Dans quelques semaines, l'Ensemble intercontemporain se joindra à l'Orchestre symphonique irlandais pour faire découvrir à Dublin les plus belles réalisations des musiques française et irlandaise contemporaines avec des œuvres de Pierre Boulez, Olivier Messiaen, Ianis Xenakis, Siobhan Cleary et Jurgen Simpson. Pouvait-on imaginer plus bel encouragement à la création artistique de nos deux pays ? Cork a été choisie comme capitale européenne de la culture en 2005 et la France sera heureuse de s'associer à cet événement.

*

* *

Aujourd'hui le monde sollicite notre engagement. La recherche d'un nouvel ordre mondial, la poursuite de la construction européenne, ainsi qu'une solidarité plus active avec les pays en voie de développement : autant de tâches à accomplir ensemble. La persistance des crises et l'irruption de nouvelles menaces nous ramènent à ce devoir commun d'œuvrer pour l'intérêt général.

Votre pays a vécu l'épreuve de la violence à ses portes. Comment ne pas saluer l'exemple que donnent au monde entier les autorités irlandaises et britanniques dans leur quête difficile mais résolue d'une solution pacifique et démocratique au conflit qui a trop longtemps déchiré les communautés d'Irlande du Nord ? Nous formons des vœux sincères et chaleureux pour que tous les Irlandais puissent, dans un proche avenir, célébrer une réconciliation définitive.

Aujourd'hui, l'heure n'est plus aux certitudes que nous assurait le monde bipolaire d'antan ; nous vivons maintenant dans un environnement international où règne une instabilité permanente et où de nouveaux types de menaces se multiplient : le terrorisme est entré dans un nouvel âge et, depuis les attentats du 11 septembre, prend le monde entier pour cible. La prolifération des armes de destruction massive constitue un danger majeur pour la stabilité internationale car elle accroît les risques de déséquilibre. Les crises régionales menacent chaque jour davantage de s'étendre : on le voit au Proche-Orient ou en Afrique. Enfin, la criminalité internationale se nourrit de toutes les zones grises de la planète et exacerbe les tensions locales, régionales et internationales.

Devant la gravité des enjeux, l'urgence est à l'action, avec une exigence : l'unité de la communauté internationale. C'est pourquoi nous devons éviter la tentation de l'unilatéralisme et le piège de vouloir imposer de l'extérieur des schémas qui ne tiendraient pas compte de la complexité des situations locales et des aspirations légitimes des peuples. Devant des défis qui dépassent le cadre des Etats, de la sécurité à l'environnement, la communauté internationale doit pouvoir s'appuyer sur des principes et des règles valables pour tous. La légitimité est aujourd'hui la clé de l'efficacité, car l'aspiration à la justice constitue le moteur des peuples sur la scène internationale.

C'est pourquoi la France n'a cessé de plaider en Irak pour un retour aussi rapide que possible à la souveraineté et pour un rôle ouvert des Nations Unies dans le processus politique conduisant à une telle restauration. Nous appelons en particulier à la convocation d'une conférence internationale qui pourra, après la mise en place d'un gouvernement de transition, contribuer à réinsérer l'Irak au cœur de la région du Moyen-Orient et au sein de la communauté internationale.

De même au Proche-Orient, notre pays ne peut se satisfaire de l'impasse dans laquelle nous nous trouvons et qui fait le jeu de la violence et des extrémistes. Plus que jamais il faut donc un nouvel élan à la Feuille de route et assurer la relance du Processus de paix. C'est notre responsabilité à tous de nous mobiliser pour la paix et pour permettre aux deux Etats d'Israël et de la Palestine de vivre en sécurité à l'avenir.

Nous vivons dans un monde marqué par l'émergence de grands ensembles régionaux, de l'Asie à l'Europe, de l'Amérique latine aux Etats-Unis ou à l'Afrique. Le risque est que ces pôles ne sachent pas travailler ensemble, que les intérêts régionaux s'affrontent comme l'ont clairement illustré les récentes négociations commerciales de Cancun. Dans ce contexte, il est plus urgent que jamais de rétablir un ordre multilatéral fort et efficace, capable de résoudre durablement les crises qui menacent l'équilibre du monde et de traiter les grands problèmes globaux.

C'est la raison pour laquelle nous sommes convaincus qu'une Union européenne forte, dotée des capacités qui lui permettraient d'œuvrer activement à la prévention des conflits et à la gestion des crises, constitue un gage essentiel de stabilité dans le monde de demain.

Encore faut-il qu'elle dispose d'une charte commune lui fixant cette ambition et lui donnant les moyens d'un fonctionnement optimal. Un accord n'a pu être trouvé à Bruxelles, le 13 décembre dernier, sur le projet de Constitution européenne. La France a été la première à le déplorer, car elle a toujours considéré que le texte sur lequel la Convention s'est prononcée constituait la bonne réponse à notre ambition. Il convient de ne pas exagérer, pour autant, la gravité de cet échec. Chercher à obtenir un accord à tout prix au détriment de la cohérence et de l'efficacité de notre projet n'était pas souhaitable.

C'est maintenant à l'Irlande de prendre le relais et de redonner un élan nouveau à ces travaux, de telle sorte qu'ils puissent aboutir dans des délais raisonnables et dans de bonnes conditions, c'est-à-dire sans que l'immense travail réalisé par la Convention ne soit dénaturé. Outre l'adoption d'une Constitution qui lui permettra de se doter d'un cadre institutionnel à la fois plus cohérent et plus souple, l'Europe va également connaître un élargissement qui lui restitue son unité autrefois brisée par la logique des blocs. La qualité reconnue de vos responsables politiques et vos diplomates, de même que l'approche à la fois équilibrée et pragmatique dont vous faites preuve dans le traitement de dossiers sensibles, constituent à n'en pas douter d'excellents atouts pour le succès de cette phase historique dans laquelle nous sommes engagés.

D'ores et déjà, votre gouvernement a marqué sa détermination à saisir toutes les chances d'un accord sur la Constitution européenne, par un dialogue franc et ouvert avec l'ensemble des partenaires. Vous pouvez compter, dans cette tâche, sur le soutien de la France.

Car l'Irlande a amplement démontré son engagement en faveur de la construction de l'Europe, à l'image de l'intégration fructueuse et réussie de votre pays au sein de l'Union. La sortie de votre pays, à la fin de l'année dernière, du groupe d'Etats bénéficiant du fonds de cohésion illustre l'ampleur du chemin parcouru depuis 1973. D'autant que vos choix témoignent de votre exigence d'action, que ce soit par l'engagement de vos soldats dans de nombreuses missions de maintien de la paix aux quatre coins du monde, ou par votre disponibilité à participer à des opérations confiées à l'Union européenne par les Nations unies.