Sommaire:
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I.- |
CONFERENCE DE PRESSE
CONJOINTE DU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE, M.
JACQUES CHIRAC, DU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE
FEDERATIVE DU BRESIL, M. LUIZ INACIO LULA DA
SILVA, DU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE DU
CHILI, M. RICARDO LAGOS ESCOBAR, ET DU
SECRETAIRE GENERAL DE L'ORGANISATION DES
NATIONS UNIES, M. KOFI ANNAN, LORS DE LA
REUNION QUADRIPARTITE SUR L'ACTION CONTRE LA
FAIM ET LA PAUVRETE - PROPOS DE M. CHIRAC
- |

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(Genève, 30 janvier
2004) |
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II.- |
RENCONTRE ENTRE LE PRESIDENT DE
LA REPUBLIQUE, M. JACQUES CHIRAC, LE
PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE FEDERATIVE DU
BRESIL, M. LUIZ INACIO LULA DA SILVA, LE
PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE DU CHILI, M. RICARDO
LAGOS ESCOBAR ET LE SECRETAIRE GENERAL DES
NATIONS UNIES, M. KOFI ANNAN DECLARATION
CONJOINTE |

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(Genève, 30 janvier
2004) |
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III.- |
LETTRE DE CONDOLEANCES DU
PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE, M. JACQUES
CHIRAC, ADRESSEE A SA MAJESTE FAHD BIN
ABDULAZIZ AL SAOUD, ROI D'ARABIE SAOUDITE, A
LA SUITE DU DRAME SURVENU LORS DU PELERINAGE DE
LA MECQUE |

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(Paris, 1er février
2004) |
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IV.- |
JOURNEE
FRANCO-ALLEMANDE ALLOCUTION DU PREMIER
MINISTRE, M. JEAN-PIERRE RAFFARIN |

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(Paris, 22 janvier 2004) |
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V.- |
VISITE EN IRLANDE ALLOCUTION DU
MINISTRE DES AFFAIRES ETRANGERES, M. DOMINIQUE
DE VILLEPIN |

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(Dublin, 30 janvier
2004) |
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VI.- |
VISITE EN Irlande POINT DE
PRESSE DU MINISTRE DES AFFAIRES
ETRANGERES, M. DOMINIQUE DE VILLEPIN |

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(Dublin, 30 janvier
2004) |
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VII.- |
VISITE EN Irlande ENTRETIEN DU
MINISTRE DES AFFAIRES ETRANGERES, M. DOMINIQUE
DE VILLEPIN, AVEC LA CHAINE DE TELEVISION
IRLANDAISE "TV3" |

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(Dublin, 30 janvier
2004) |
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VIII.- |
VISITE EN REPUBLIQUE DE COTE
D'IVOIRE ALLOCUTION DU MINISTRE DES AFFAIRES
ETRANGERES, M. DOMINIQUE DE VILLEPIN, DEVANT
LA COMMUNAUTE FRANCAISE |

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(Abidjan, 1er février
2004) |
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IX.- |
VISITE EN REPUBLIQUE DE COTE
D'IVOIRE POINT DE PRESSE CONJOINT DU
MINISTRE DES AFFAIRES ETRANGERES, M. DOMINIQUE
DE VILLEPIN, ET DU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE
DE COTE D'IVOIRE, M. LAURENT GBAGBO - PROPOS
DE M. DE VILLEPIN - |

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(Abidjan, 1er février
2004) |
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X.- |
ANNULATION DE VOLS AIR
France REPONSES DU MINISTRE DES AFFAIRES
ETRANGERES, M. DOMINIQUE DE VILLEPIN, A DES
QUESTIONS D'UNE JOURNALISTE DE TF1 |

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(Paris, 31 janvier 2004) |
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XI.- |
SAHARA OCCIDENTAL RESOLUTION
1523 ADOPTEE PAR LE CONSEIL DE SECURITE DES
NATIONS UNIES |

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(New York, 30 janvier
2004) |
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XII.- |
GEORGIE RESOLUTION 1524 ADOPTEE
PAR LE CONSEIL DE SECURITE DES NATIONS
UNIES |

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(New York, 30 janvier
2004) |
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XIII.- |
LIBAN RESOLUTION 1525 ADOPTEE
PAR LE CONSEIL DE SECURITE DES NATIONS
UNIES |

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(New York, 30 janvier
2004) |
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XIV.- |
SANCTIONS CONCERNANT AL QAIDA, LES
TALEBAN ET LES INDIVIDUS ET ENTITES
ASSOCIES RESOLUTION 1526 ADOPTEE PAR LE
CONSEIL DE SECURITE DES NATIONS UNIES |

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(New York, 30 janvier
2004) |
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I.- |
CONFERENCE DE PRESSE
CONJOINTE DU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE, M.
JACQUES CHIRAC, DU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE
FEDERATIVE DU BRESIL, M. LUIZ INACIO LULA DA
SILVA, DU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE DU
CHILI, M. RICARDO LAGOS ESCOBAR, ET DU
SECRETAIRE GENERAL DE L'ORGANISATION DES
NATIONS UNIES, M. KOFI ANNAN, LORS DE LA
REUNION QUADRIPARTITE SUR L'ACTION CONTRE LA
FAIM ET LA PAUVRETE - PROPOS DE M. CHIRAC
- |
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(Genève, 30 janvier
2004) |
Mesdames, Messieurs, je voudrais tout
d'abord exprimer ma reconnaissance au président Lula
pour son initiative, lui qui a déjà expérimenté sur le
terrain cette lutte contre la faim et la misère dans le
programme "Faim zéro" qui se développe actuellement au
Brésil. Et je voudrais remercier de leur présence le
président Lagos et notre Secrétaire général des Nations
unies.
C'est vrai qu'il y a dans un monde qui
se développe très vite un scandale d'autant plus évident
qu'il est immédiatement connu avec les techniques
modernes de médiatisation et qui est celui de la
pauvreté et de la faim. On estime, en effet, à environ
850 ou 900 millions d'hommes, de femmes et d'enfants,
celles et ceux qui, avec moins d'un dollar par jour de
revenu, souffrent de la faim et on estime à environ la
moitié de l'humanité celles et ceux qui vivent avec
moins de deux dollars par jour. Ceci est de moins en
moins acceptable dans un monde qui par ailleurs
s'enrichit, grâce notamment au développement des
échanges.
La Banque mondiale estime que si l'on
veut tenir les engagements qui ont été pris lors du
Sommet du Millénaire, c'est-à-dire de réduire de moitié
le nombre d'hommes, de femmes et d'enfants qui souffrent
de la faim avant 2015, il faudrait que l'aide publique
au développement augmente de 50 milliards de dollars par
an, c'est-à-dire qu'elle passe de 60 actuellement à
110 milliards de dollars par an. On peut faire une
première observation dans ce domaine : c'est que le
commerce mondial global, le commerce des exportations,
représente chaque année environ 8 000 milliards de
dollars et que le PNB global du monde est de
33 000 milliards de dollars.
Si je cite ces deux chiffres, c'est
simplement pour indiquer que 50 milliards, c'est en
réalité une goutte d'eau, à condition bien entendu de
vouloir et de savoir les récupérer. Cette misère et
cette faim que dénonçait le président Lula ont aussi un
autre effet dont, en dehors des experts de l'ONU,
auxquels je tiens à rendre hommage, on parle très peu,
mais qui touche l'ensemble des pays du monde - les pays
riches, les pays émergents et les pays pauvres - et sur
tous les continents. C'est en réalité l'esclavage et pas
seulement l'esclavage des femmes, ces deux phénomènes
étant liés : pauvreté, misère, exclusion et, tout
naturellement, développement des circuits qui se
traduisent par le travail forcé non rémunéré et,
clairement, l'achat et la vente d'êtres humains, qui
existe toujours à notre époque même si on en parle peu.
C'est dire l'ampleur, en réalité, des sujets qui sont
évoqués aujourd'hui et qui sont mis sur le devant de la
scène par le président Lula.
Alors, comment faire ? Je crois qu'il y
a - et c'est ce que je me suis permis d'évoquer tout à
l'heure en réunion - trois axes d'efforts. Le premier,
c'est certainement - en constatant que 80 % des
personnes qui souffrent de malnutrition et de la faim
dans le monde sont dans les zones rurales, notamment en
Afrique et en Asie du Sud, mais aussi dans un certain
nombre d'autres endroits et en particulier l'Amérique
latine, le reste de l'Asie, l'Europe orientale et
centrale - la nécessité d'accélérer les politiques
d'appui au développement agricole, en particulier, je le
répète, en Afrique et en Asie du Sud.
Deuxième point : l'action
internationale en la matière est beaucoup trop
dispersée. Il y a toutes sortes d'organismes qui
dépendent de l'ONU ou qui n'en dépendent pas, qui
dépendent des institutions financières internationales,
qui dépendent des Etats, qui dépendent des organisations
non gouvernementales, et tout ceci n'est pas cohérent.
Il faudrait qu'il y ait une meilleure appréciation, une
meilleure cohérence de leur action : c'est ce que le
Secrétaire général va s'efforcer de proposer.
Enfin, je disais "50 milliards de
dollars, c'est peu de chose" ; c'est vrai, par rapport
au chiffre que j'évoquais tout à l'heure. Mais si nous
les attendons d'un quasi-doublement de l'aide budgétaire
au développement, nous ne les aurons pas. L'aide
publique au développement a baissé; elle repart un tout
petit peu de façon positive, mais dans des conditions
qui ne nous faisons pas d'illusion, ne permettront pas
d'atteindre les objectifs du Millénaire, c'est-à-dire
les objectifs retenus pour 2015. On peut toujours le
dire, mais cela ne se passera pas comme ça. Donc il faut
trouver autre chose, c'est-à-dire des ressources
nouvelles et les affecter à un fonds : c'est ce que
propose le président Lula qui l'appelle le fonds de
lutte contre la faim, peu importe le nom, mais qui
devrait apporter des ressources nouvelles.
Où peut-on trouver des ressources
nouvelles? Il y a actuellement deux propositions qui
méritent d'être approfondies. Il y a la proposition de
nos amis britanniques, ils appellent cela IFF,
c'est-à-dire un système de prêts-financement de l'aide
au développement par emprunts par les pays riches sur
les marchés, basés sur l'augmentation et la croissance,
dans les années qui viennent, de l'aide publique au
développement. C'est une très bonne idée ; la France la
soutient complètement et en avril nous aurons à Paris
une réunion, au niveau ministériel, avec nos amis
britanniques et à laquelle je convie naturellement bien
volontiers le Brésil, le Chili, l'ONU - cela va de soi -
et éventuellement tel ou tel autre pays pour essayer de
mettre en place un système permettant de créer une
ressource nouvelle et importante qui pourrait être
affectée au "fonds Lula".
Deuxièmement, je suis persuadé que l'on
n'évitera pas de mettre en place un système de taxation
internationale. J'ai créé, vous le savez, ou certains le
savent, un groupe de travail pour étudier ces
propositions, auquel participent des représentants de la
Banque mondiale et du Fonds monétaire international;
j'ai d'ailleurs invité le Brésil et le Chili à se
joindre à nous au niveau des experts. Ce groupe de
travail devra me faire des propositions - qu'ensuite je
soumettrai à la communauté internationale - de mise en
place d'un système de taxation qui ne sera naturellement
pas la taxe Tobin, puisqu'elle n'a pas réussi, qu'elle
n'était d'ailleurs pas faite pour ça à l'origine et que
par conséquent elle ne marchait pas, mais qui sera de
cette même nature. Alors taxation de quoi? Je vous dis
tout de suite que je n'ai pas l'intention de préjuger,
ni de répondre à cette question car il y a plusieurs
techniques que l'on peut envisager et ces techniques
doivent être expertisées, examinées par les personnes
compétentes qui nous feront des propositions.
Voilà, sur ces différents sujets, les
propositions que j'ai été amené à évoquer pendant la
réunion. Je terminerai en disant, puisque le président
Lula l'a évoqué, que la France souhaite beaucoup, dans
le cadre de la préparation et de la mise en œuvre du G8
qui se tiendra cette année aux Etats-Unis à Sea Island,
deux choses. La première, que soient conviées un certain
nombre de personnalités représentatives des grands pays,
notamment du Sud, comme nous l'avions fait à Evian.
C'est ce que nous avons demandé au président Bush, à qui
appartient la décision naturellement, en tant qu'hôte du
prochain G8. Deuxièmement, nous avons également demandé
que le problème du NEPAD - qui a fait l'objet de
discussions à la fois à Gênes, à Kananaskis, à Evian, et
qui, les Britanniques l'ont déjà annoncé, sera à l'ordre
du jour du Sommet du G8 de 2005 - soit également inscrit
à l'ordre du jour de 2004. Mais nous tenons surtout
beaucoup à ce que lors du prochain G8, le dialogue
élargi que nous avons initié à Evian soit poursuivi à
Sea Island; nous n'avons pas encore la réponse de nos
amis américains.
(...)
Q - Merci beaucoup. Chez moi, au
Sénégal, on dit : "un sac de riz vide ne tient pas
debout". Vous voyez un peu toute la relation qu'il y a
entre le développement et la gestion de la grave
équation de la faim et de la pauvreté. Messieurs les
Présidents, Monsieur le Secrétaire général, M. Kofi
Annan, vous l'avez dit vous-mêmes : un monde prisonnier
de la faim, de la pauvreté et de la maladie ne peut être
un monde de paix. Depuis des années, aussi, votre
organisation fait des promesses, des promesses et vous
voudriez aujourd'hui qu'elles soient tenues. Nous savons
qu'il y a le PAM, la FAO, etc... Je voudrais savoir quel
sera l'intérêt de ce nouveau "fonds Lula", pour
reprendre le président Chirac, et je ne sais pas si son
Excellence le président français lit la presse africaine
: on vous appelle "Chirac l'Africain". Donc aujourd'hui,
soyez Chirac le parrain de tous les pauvres du monde.
Concrètement, est-ce que le PAM et la FAO, par rapport à
leur travail, et le fonds d'aujourd'hui de Lula, est-ce
un plus ou bien quelque chose de novateur ?
R - Le président Lula m'a désigné pour
répondre. Je le ferai volontiers, encore qu'il s'agit
d'une idée qui est la sienne dont je rappelle qu'il l'a
expérimentée au niveau du Brésil et qu'il la propose au
niveau international, et il serait mieux à même d'en
parler que moi. Mais puisqu'il me confie ce soin, je
répondrai à votre confrère sénégalais que nous avons
deux problèmes.
Le premier problème, c'est celui d'une
meilleure coordination des organismes qui font de l'aide
au développement. Ils sont en général de qualité,
dévoués, mais trop nombreux. Et donc, il n'y a pas
suffisamment de cohérence. Vous en avez vous-même cité
quelques-uns et derrière votre approche, j'ai bien
compris que vous souligniez qu'il n'y avait peut-être
pas assez de cohérence déjà, et qu'on voulait en ajouter
un autre. Donc la première nécessité c'est de mettre une
plus grande cohérence. Et cela ne peut être qu'à
l'initiative du Secrétaire général, dans le cadre de la
réforme de l'ONU qu'il est en train de préparer et que
la France, pour ce qui la concerne, soutient sans
réserve.
Le deuxième problème qui a été
clairement exprimé par ceux qui se sont adressés à vous
à l'instant, c'est que nous n'obtiendrons pas un
doublement rapide de l'aide publique au développement.
Il faut donc trouver une ressource nouvelle, d'où les
idées de la facilité financière internationale proposée
par les Britanniques ou de la taxation internationale
proposée par les Français. A partir du moment où l'on
peut imaginer avoir une recette au niveau des
nécessités, c'est-à-dire de l'ordre de 50 milliards de
dollars par an, grâce à ces méthodes nouvelles qui ne
taxent pas seulement les budgets des Etats développés,
il faudra alors bien naturellement un système pour les
utiliser, et pour les utiliser dans le sens d'une lutte
efficace contre la pauvreté, ce qui suppose la santé,
l'éducation, les infrastructures nécessaires, le
travail, la formation… Et c'est là qu'intervient l'idée
du président Lula de faire un fonds qui permette
d'utiliser cette ressource nouvelle. Moi, j'y suis tout
à fait favorable. Naturellement, il faudra bien le
coordonner avec la réforme qui, par ailleurs, me semble
s'imposer pour rendre plus cohérents les différents
acteurs de l'aide publique au développement.
Q - Question d'abord au Président
français. Vous montrez ici votre volonté d'aider les
pays pauvres quand la France reste très timide dans
l'action de réduire effectivement les subventions
agricoles. Un véritable coup de pouce dans ce domaine
pourrait suffire pour sauver des millions de personnes
de la faim. Ne voyez-vous pas là un paradoxe ? Est-ce
que la France aussi serait d'accord pour taxer ses
ventes d'armes ?
R - Sur la deuxième question : dans le
groupe de travail que j'ai créé, aucune solution n'est
refusée, y compris la taxation des armes ou du commerce
des armes. J'évoquais tout à l'heure l'aide publique au
développement qui représente 60 milliards par an; le
budget militaire cumulé dans le monde représente 900
milliards de dollars par an dont à peu près la moitié
pour les Etats-Unis. C'est dire qu'on peut poser
effectivement le problème. Pour ma part, je ne veux pas
me prononcer avant les propositions du groupe de travail
que j'ai créé et je ne prendrai position qu'après, mais
je n'exclus rien.
Alors ensuite, c'est le grand débat sur
les aides agricoles. Je ne veux pas rentrer là dans le
détail, mais je ne partage pas du tout votre sentiment.
Et nous avons sur ce point une divergence de vues avec
le président Lula. Je crois même que c'est la seule. Je
voudrais tout de même rappeler que l'Union européenne,
c'est-à-dire la France et ses 14 partenaires de l'Union
européenne d'aujourd'hui qui va devenir une Union à 25
demain, l'Union européenne est le premier importateur
mondial de produits agricoles en provenance des pays en
développement, le premier. Deuxièmement, l'Union
européenne accepte les productions agricoles des pays en
développement sans aucun droit de douane, d'ailleurs les
autres produits aussi, en dehors des armes. C'est une
initiative qui a été prise par l'Union européenne et qui
n'a, jusqu'ici, été suivie par personne. Nous avons
supprimé toute protection à l'égard de tout produit, en
dehors des armes, en provenance des pays en
développement.
De plus, comme vous le savez, la France
a proposé, c'est moi qui l'ai proposé, une situation
particulière pour l'Afrique, à savoir le moratoire sur
les subventions agricoles déstabilisatrices - parce
qu'il y en a, c'est vrai -, l'harmonisation des régimes
de préférences et un régime spécial pour les matières
premières. Cela, c'est la proposition que nous avons
faite et qui a été adoptée par le Sommet Afrique-France,
il y a un an, et qui malheureusement se heurte, il faut
dire les choses telles qu'elles sont, à l'hostilité de
certains et notamment de nos amis américains. Et nous
attendons que les Etats-Unis s'engagent aussi sur cette
voie.
Vous savez, je voudrais également
rappeler que l'élimination de la faim dans le monde
passe aussi et même beaucoup par le développement des
cultures vivrières dans les pays les plus pauvres et, en
particulier, dans les zones arides. Or, dans l'état
actuel des choses, ce ne sont pas les subventions
agricoles des pays riches qui mettent en cause ce
développement, ce serait plutôt les exportations
agricoles d'un certain nombre de pays émergents - ils en
ont besoin, je ne conteste pas la nécessité pour eux de
développer ces secteurs de leur économie -, mais chacun
voyant un peu le soleil à sa fenêtre doit tenir compte
aussi de la fenêtre du voisin.
(...)./.
(Source : site Internet de la
présidence de la République)
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II.- |
RENCONTRE ENTRE LE PRESIDENT DE
LA REPUBLIQUE, M. JACQUES CHIRAC, LE
PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE FEDERATIVE DU
BRESIL, M. LUIZ INACIO LULA DA SILVA, LE
PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE DU CHILI, M. RICARDO
LAGOS ESCOBAR ET LE SECRETAIRE GENERAL DES
NATIONS UNIES, M. KOFI ANNAN DECLARATION
CONJOINTE |
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(Genève, 30 janvier
2004) |
Action contre la faim et la pauvreté
1. A l'initiative du président Luiz
Inácio Lula da Silva, Nous, Jacques Chirac, président de
la République française, Luiz Inácio Lula da Silva,
président de la République fédérative du Brésil, Ricardo
Lagos, président de la République du Chili et Kofi
Annan, Secrétaire général de l'Organisation des Nations
unies, nous sommes réunis ce jour, 30 janvier 2004, à
Genève, pour un échange de vues sur les questions
sociales et économiques mondiales, et notamment sur la
question de l'éradication de la pauvreté et de la
faim.
2. Nous avons souligné la nécessité
d'un multilatéralisme effectif et, à cet égard, avons
réaffirmé le rôle central des Nations unies et avons
réitéré notre soutien au processus de réforme engagé par
le Secrétaire général.
3. Nous avons exprimé notre vive
inquiétude face aux tragédies humaines provoquées par la
faim et la pauvreté dans le monde. Nous avons rappelé
qu'un milliard cent millions de personnes luttent pour
survivre avec moins d'un dollar par jour ; qu'environ
840 millions de personnes souffrent de la faim et que,
selon les estimations, 24.000 personnes meurent chaque
jour, 11 enfants de moins de cinq ans chaque minute des
suites de la faim. Nous avons mis en relief les liens
négatifs existant entre la faim et la pauvreté, la
santé, l'éducation et le développement. La faim est
propice à la propagation de la maladie, limite les
facultés d'apprentissage des enfants, réduit les
capacités de travail et désorganise les sociétés. Nous
avons mis l'accent sur l'effet multiplicateur de la
propagation du VIH/SIDA sur la faim et la pauvreté, en
particulier en Afrique.
4. Nous avons exprimé notre ferme
détermination à œuvrer ensemble afin de promouvoir une
coopération internationale accrue et d'accroître la
disponibilité des ressources pour faire face aux défis
socio-économiques urgents, en particulier celui de la
faim et de la pauvreté. Nous avons également marqué
notre soutien aux travaux entrepris sous les auspices de
la FAO/OAA sur le droit à une nourriture adéquate.
5. Nous avons souligné que les buts et
objectifs quantifiables et assortis d'échéances,
convenus lors du Sommet du Millénaire, et en particulier
l'objectif de réduire de moitié le nombre de personnes
sous-alimentées d'ici à 2015, demeurent l'axe de la
lutte contre la faim et la pauvreté. La mise en œuvre
des Objectifs de développement pour le Millénaire (ODM)
demeure inégale et lente. Un grand nombre de nations,
notamment en Afrique et parmi les pays les moins
avancés, ne seront pas en mesure d'atteindre ces
objectifs de développement, malgré leurs efforts, à
moins de recevoir des ressources extérieures et un appui
substantiels.
6. Alors que les pays en développement
continuent de faire des efforts importants pour réduire
la pauvreté, nous avons également mis l'accent sur la
relation entre développement et réduction de la
pauvreté, ainsi que sur l'importance de progrès
constants dans la gouvernance. Dans ce contexte, nous
avons souligné la nécessité de poursuivre les efforts
déployés pour une meilleure prise en compte du fardeau
de la dette, l'augmentation des flux d'APD et la
réduction des incertitudes du système commercial
international, dans le but de faciliter le
développement.
7. Nous nous sommes accordés à penser
que le "Dialogue élargi" entre le G-8 et les pays en
développement constitue une initiative importante dans
la recherche de solutions aux défis socio-économiques
actuels, en particulier l'éradication de la faim et de
la pauvreté.
8. Nous avons pris acte de l'émergence
du G-20 et nous souhaitons qu'il joue un rôle positif
dans la mise en place d'un système commercial
multilatéral qui offre des opportunités à tous ses
partenaires.
9. A la lumière de ces défis, nous
avons considéré qu'il était vital de forger un
partenariat réellement planétaire pour mobiliser la
volonté politique et le soutien financier, impliquer les
gouvernements, le système des Nations unies et les
institutions financières, réorienter les priorités et
les politiques de développement et renforcer les
capacités, en associant à cette initiative des acteurs
de la société civile et du secteur privé.
10. Nous avons rappelé que la
Conférence internationale de Monterrey sur le
financement du développement et le Sommet mondial de
Johannesburg sur le développement durable ont fourni des
paramètres importants pour établir une coalition et
assurer un soutien en vue d'un partenariat planétaire.
Ces efforts appellent une mise en œuvre rapide des
engagements ainsi qu'une action de la part à la fois des
pays en développement et des pays développés, notamment
par des partenariats avec les ONG et les entreprises
privées. Nous avons également souligné que des
financements adéquats doivent être apportés aux
organismes des Nations unies. Des sources innovantes de
financement devraient également être explorées.
11. Fermement déterminés à établir des
partenariats solides, et afin d'intensifier les efforts
en cours pour la mise en œuvre des ODM :
- Nous appuyons l'objectif d'une
alliance mondiale contre la faim et la pauvreté, dans le
cadre de laquelle les pays en développement recevront un
appui continu à leurs efforts nationaux en vue d'assurer
un développement soutenu, des politiques sociales
efficaces et des institutions démocratiques fortes, y
compris par l'allégement des dettes, l'investissement
direct et autres flux de capital à long terme,
l'augmentation de l'aide, ainsi qu'un commerce plus
équitable ;
- Nous invitons les dirigeants du monde
à rejoindre cette alliance, en ayant à l'esprit que,
selon les termes du Secrétaire général, "un monde
prisonnier de la faim, de la maladie et de la pauvreté
ne peut être un monde de paix " ;
- Nous appelons à des contributions
substantielles de la part des pays donateurs et du
secteur privé aux différents fonds et initiatives pour
combattre la faim et la pauvreté, parmi lesquels le
FIDA, le Programme alimentaire mondial, le Fonds spécial
pour la sécurité alimentaire de la FAO/OAA, le Fonds de
solidarité mondiale et le fonds fiduciaire mis en place
par le Brésil, l'Inde et l'Afrique du Sud dans le cadre
du PNUD (Fonds IBSA pour l'élimination de la faim et de
la pauvreté) ;
- Nous invitons également la Banque
mondiale et les autres institutions financières, y
compris les banques régionales de développement, à
accroître leurs programmes dans ce domaine ;
- Nous encourageons fermement, dans ce
contexte, ces organisations et initiatives
internationales à coordonner davantage leurs activités,
en donnant au Secrétaire général un rôle accru de
supervision et de suivi.
12. Afin de contribuer par des actions
concrètes à la lutte contre la faim et la pauvreté et
pour aider à combler le fossé financier qui met en péril
la réalisation de l'objectif de développement pour le
Millénaire consistant à réduire le nombre de personnes
sous-alimentées de moitié d'ici à 2015, Nous, Jacques
Chirac et Luiz Inácio Lula da Silva, décidons de mettre
en place un groupe technique chargé d'étudier les
différentes propositions pour :
- Promouvoir des sources innovantes de
financement, telles qu'une facilité internationale de
financement, proposée par le Gouvernement britannique,
ainsi que des taxes sur certaines transactions
internationales comme, entre autres, certains types de
ventes d'armes et certaines transactions financières.
Des mécanismes pour la participation de sources de
financement privées volontaires devraient également être
envisagés.
- Examiner des mécanismes propres à
orienter efficacement ces éventuelles ressources
additionnelles vers un fonds spécial de lutte contre la
faim et la pauvreté, sous le contrôle des institutions
multilatérales appropriées. Un tel fonds devrait
répondre, en priorité, aux besoins les plus urgents dans
le domaine de l'éradication de la faim et de la lutte
contre la pauvreté.
- Etudier les moyens par lesquels les
institutions spécialisées des Nations unies et le PNUD
pourraient accompagner l'action de la FAO/OAA, du PAM et
du FIDA et d'autres programmes des Nations unies dans
l'identification, la dissémination et la promotion des
meilleures pratiques pour lutter contre la faim et la
pauvreté.
13. Le groupe technique sera composé
d'experts du Brésil, de la France et d'autres pays
intéressés et préparera un rapport sur les sujets
mentionnés ci-dessus d'ici à septembre 2004, en tant que
contribution au travail sur les sources innovantes de
financement en cours au sein des Nations Unies et
d'autres instances.
14. Nous, Jacques Chirac et Luiz Inácio
Lula da Silva, exprimons notre intérêt pour la poursuite
du "dialogue élargi" du G-8, afin qu'une discussion sur
des moyens novateurs de financer la lutte contre la faim
et la pauvreté puisse avoir lieu. Nous proposons
également que la question soit discutée par les Etats
membres pendant les prochaines sessions des organes
directeurs du FIDA, de la FAO/OAA et du PAM, ainsi que
dans le cadre de l'Assemblée générale à sa
cinquante-neuvième session, et par les dirigeants
mondiaux lorsqu'ils se rencontreront en 2005 pour
évaluer les progrès réalisés dans la mise en œuvre des
ODM.
15. Le Secrétaire général accueille ces
propositions avec satisfaction./.
(Source : site Internet de la
présidence de la République)
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III.- |
LETTRE DE CONDOLEANCES DU
PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE, M. JACQUES
CHIRAC, ADRESSEE A SA MAJESTE FAHD BIN
ABDULAZIZ AL SAOUD, ROI D'ARABIE SAOUDITE, A
LA SUITE DU DRAME SURVENU LORS DU PELERINAGE DE
LA MECQUE |
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(Paris, 1er février
2004) |
Sire,
C'est avec consternation et une
profonde tristesse que j'ai pris connaissance de la
tragédie au cours de laquelle de très nombreux fidèles
réunis à l'occasion du pèlerinage de La Mecque ont
trouvé la mort.
Dans ces circonstances dramatiques, je
tiens à exprimer mes sincères condoléances à Votre
Majesté et à L'assurer de la sympathie et de la
solidarité du peuple français.
Je prie Votre Majesté, d'agréer,
l'expression de ma très haute considération et de mon
amitié dans l'épreuve./.
(Note : mentions manuscrites en
italique)
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IV.- |
JOURNEE
FRANCO-ALLEMANDE ALLOCUTION DU PREMIER
MINISTRE, M. JEAN-PIERRE RAFFARIN |
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(Paris, 22 janvier
2004) |
Messieurs les Ambassadeurs,
Monsieur le Président,
Cher Alfred Grosser,
Chères Etudiantes, Chers Etudiants et
Elèves,
Mesdames, Messieurs,
Ich bin sehr froh, dass sie so
zahlreich ins Hotel de Matignon gekommen sind, um den
deutsch-französischen Tag zu feiern. Dafür danke ich
Ihnen sehr herzlich. Ich wünsche Ihnen ein frohes Neues
Jahr, viel Glück, Gesundheit und Erfolg. Und ich wünsche
uns allen ein sehr frohes deutsch-französisches
Jahr!
Je suis particulièrement heureux de
vous voir si nombreux à l'Hôtel de Matignon pour
célébrer pour la première fois la journée
franco-allemande. Je vous en remercie sincèrement. A
chacune et à chacun d'entre vous, je souhaite une très
bonne année 2004, faite de bonheur, de santé et de
réussite professionnelle. Et je souhaite à nous tous une
très bonne année franco-allemande.
Wie sie wissen, habe ich meine
Weihnachtsferien mit meiner Familie am Bodensee
verbracht. Ich möchte Ihnen und allen Franzosen sagen:
ich bin begeistert aus Deutschland zurückgekommen.
Leider hat Deutschland in Frankreich nicht so einen
guten Ruf als Urlaubsland. Ich kann Ihnen sagen, dies
ist nicht gerechtfertigt. Ich möchte meinen deutschen
Freunden für Ihre Gastfreundschaft danken. Ich habe sehr
gut gegessen und den deutschen Wein genossen. Die
Landschaft am Bodensee ist sehr schön! Ich würde mich
sehr freuen, wenn viele Franzosen ihren Urlaub in
Deutschland verbringen würden.
Ich möchte den Franzosen Lust auf
Deutschland machen!
Und deshalb möchte ich heute mit Ihnen
den ersten deutsch-französischen Tag feiern.
Comme vous le savez, j'ai passé mes
vacances de Noël avec ma famille au bord du lac de
Constance. Et je veux vous dire, ainsi qu'à tous les
Français : je suis rentré enthousiasmé par mes vacances
en Allemagne ! Malheureusement l'Allemagne a en France
une image peu attractive quant il s'agit d'y passer des
vacances ! Pourtant je peux vous dire que cela n'est pas
du tout justifié ! Je souhaite remercier mes amis
allemands pour leur convivialité pendant mes
vacances.
J'ai particulièrement bien mangé et les
vins allemands sont délicieux. J'encourage donc vivement
les Français à passer leurs vacances en Allemagne. Je
tiens à leur donner le goût de l'Allemagne.
Et c'est pourquoi j'ai voulu célébrer
avec vous aujourd'hui la première journée
franco-allemande.
Rapprocher les peuples pour renforcer
l'Europe
Le thème officiel de la journée
franco-allemande pour les établissements scolaires est :
" L'élargissement de l'Union européenne : de
nouvelles formes de dialogue avec des partenaires
historiques de la France et de l'Allemagne".
Une vision commune de
l'Europe
L'Europe, c'est d'abord une vision du
monde, avant d'être une géographie et même une
histoire.
C'est pourquoi au cœur du projet
européen, il y a la volonté de rapprocher les peuples,
comme le disait si bien Jean Monnet.
Aujourd'hui, l'Europe de l'Est n'existe
plus, nous avons cassé tous les murs, grâce notamment à
l'Allemagne et à ses efforts.
La France a toujours eu une vision
ambitieuse de l'Europe. Vous la partagez, et parfois
même reconnaissons-le, vous la précédez… : l'Europe est
pour nous une volonté, celle de faire advenir un modèle
de société fondé sur les Droits de l'Homme, le
développement économique et la solidarité.
L'importance du "franco-allemand" pour
l'Europe
L'Europe a toujours eu besoin d'un
moteur puissant et c'est d'autant plus vrai aujourd'hui
que nous sommes à 25. Le train européen doit être tiré
par une locomotive forte et j'ai confiance dans la
double traction de nos deux pays.
Cela fait aujourd'hui exactement un an
que nous avons fêté à Versailles le 40ème anniversaire
du Traité de l'Elysée en réunissant pour la première
fois l'Assemblée nationale et le Bundestag en présence
du président de la République et du chancelier allemand.
2003 fut une grande année pour la relation
franco-allemande. On se souvient que le Président de la
République française a parlé au nom du chancelier
allemand. C'était un moment historique dans notre
histoire européenne et nous avons là une preuve de
proximité qu'il faut souligner.
Cette année a vu également la
disparition d'une figure importante qui a beaucoup fait
pour rapprocher nos peuples, je veux parler de Brigitte
Sauzay.
Je me souviens encore, dès ma
nomination, de la visite de Premiers ministres de
différents pays d'Europe venant me voir avant
l'élargissement, quand nous buttions sur les difficultés
de la Politique agricole commune (PAC) et me disant :
entendez-vous avec les Allemands car nous n'allons pas
pouvoir financer l'élargissement s'il n'y a pas un
accord franco-allemand. Et quand on s'entend, on nous
dit : attention, il ne faudrait pas que cette entente
soit impérialiste. Non, ce n'est pas l'objectif,
l'objectif c'est l'efficacité, au service de
l'Europe.
Cette dynamique, nous devons veiller à
ce qu'elle soit toujours ouverte, je dirais, ouverte aux
étages supérieurs comme ouverte aux étages inférieurs.
Il ne s'agit pas pour nous d'être un tandem pour
l'Europe, il s'agit d'être toujours disponible pour
constituer des trios, des quatuors : oui au Triangle de
Weimar avec nos amis polonais, oui à la réunion avec nos
amis britanniques pour avancer sur le terrain de la
défense, oui à des coopérations qui sont ouvertes aux
autres. L'alliance, la proximité, l'amitié
franco-allemande n'est pas fermée sur elle-même, elle
tend en permanence la main aux autres.
La nécessité de rapprocher les
peuples
Mais la proximité au sommet doit être
vécue aussi sur le terrain.
Nos peuples ont déjà une grande
proximité, du fait qu'ils doivent affronter les mêmes
problèmes : la démographie en baisse, les difficultés
d'adaptation de nos industries à la nouvelle donne
mondiale, la nécessité d'adapter nos régimes de
protection sociale, la nécessité de faire évoluer notre
droit du travail pour éviter qu'un droit qui protège ne
se transforme en droit qui pénalise.
C'est d'ailleurs en regardant à l'Est
du Rhin que j'ai conçu mon Agenda 2006 pour une France
d'ouverture.
L'écho extraordinaire du 40ème
anniversaire du Traité de l'Elysée et de toutes les
actions et projets des gouvernements français et
allemand, a créé aussi une grande attente de la part de
la société civile dans nos pays respectifs. Nous n'avons
pas le droit de les décevoir. Le lien entre les actions
à la base et l'action des gouvernements n'est pas
toujours évident et visible pour les citoyens.
La conférence à Poitiers le 27 et 28
octobre 2003 en faveur d'un rapprochement des régions
françaises et des Länder allemands donne un nouvel élan
à l'amitié franco-allemande. Des propositions concrètes
à partir des expériences sur le terrain pourraient aider
à approfondir cette relation et à la rendre encore plus
tangible pour chaque citoyen, en France et en Allemagne,
dans sa vie quotidienne.
A cette occasion je veux remercier en
particulier tous ceux qui ont aidé à réaliser les plus
de 2200 jumelages entre les villes françaises et
allemandes et les 5000 partenariats scolaires. Tous cela
dépend d'un engagement volontaire et d'une conviction
franco-allemande forte. Je tiens à soutenir ces
initiatives et à vous encourager à inciter le plus grand
nombre de nos citoyens à participer à ce
partenariat.
C'est dans cet esprit que nous avons
créé la journée franco-allemande qui est consacrée à la
présentation des relations bilatérales, à la promotion
de la langue et de la culture du pays partenaire et à
une action particulière d'information sur les
possibilités d'études et d'emploi dans le pays
partenaire dans toutes les institutions des systèmes
éducatifs de nos pays.
Une situation qui ne me satisfait
pas
Une volonté depuis longtemps
exprimée
Le Traité de l'Elysée de 1963 qui
scelle l'amitié franco-allemande a plus de 40 ans : nos
deux peuples, à travers leurs institutions, ont depuis
longtemps exprimé clairement leur volonté de créer leur
futur en commun.
Les conséquences de ces engagements
apparaissent plus ou moins clairement aux yeux de nos
concitoyens : plus de 7 millions de jeunes français et
allemands ont participé à des échanges de l'Office
franco-allemand de la jeunesse (OFAJ) ; l'Allemagne est
le premier partenaire économique de la France. Les
échanges entre les deux pays représentent près de
15 % de leur volume total d'échanges commerciaux ;
l'Allemagne et la France travaillent en étroite
collaboration à la construction d'une Union européenne
plus juste, plus forte, plus unie.
Mais il est également réaliste de
constater que malgré ces 41 années d'effort, la relation
franco-allemande n'a pas atteint l'ampleur que l'on
pouvait imaginer.
Un déclin réel (langue,
tourisme)
La promotion de l'apprentissage de la
langue du partenaire est devenue une priorité dans les
relations franco-allemandes. Mais, je suis inquiet du
déclin dramatique de l'apprentissage de l'allemand en
France. Le nombre des élèves qui apprennent l'allemand
comme première ou deuxième langue en France a baissé de
50 % en l'espace de ces 20 dernières années et la
tendance reste régressive. La demande pour le français
en Allemagne est également en régression.
Si cette tendance continue, je vois
venir le danger d'un désintérêt mutuel des jeunes
générations de nos deux pays. Le déclin de
l'apprentissage de l'allemand signale le déclin général
de l'intérêt porté à la connaissance de l'Allemagne.
Ce déclin joue également un rôle
important pour nos deux économies. L'Allemagne est le
premier partenaire économique de la France et ces
relations commerciales ont besoin d'agents qui
connaissent le comportement, la culture et la langue de
l'autre pays. La France est en manque de germanophones
dans de nombreux secteurs, que ce soit le commerce,
l'industrie ou le tourisme.
Je regarde également avec souci le
manque d'intérêt pour l'Allemagne en France concernant
le tourisme, même si le nombre des touristes français en
Allemagne a augmenté l'année dernière. Il y a 15
millions touristes allemands en France, mais seulement
1,6 millions voyages français en Allemagne. Cette
asymétrie est aussi liée à l'image touristique peu
attractive de l'Allemagne en France et cette image est
très souvent basée sur l'ignorance et une mauvaise
connaissance.
Il est temps de faire le bilan de
l'action entreprise.
La nécessité d'un audit
Plutôt que de lancer une nouvelle fois
un appel à nos concitoyens, ce qui pourrait paraître
vain, je suggère deux actions concrètes et crédibles
:
Je demande à Luc Ferry et à Noëlle
Lenoir de réaliser conjointement un audit des mesures
déjà mises en œuvre afin de favoriser la langue du
partenaire dans les deux pays et d'améliorer la
connaissance réciproque. Cet audit devra relever les
actions efficaces et souligner les annonces qui n'ont
pas été suivies d'effet. Il nous faut mieux repérer, en
France comme en Allemagne, les bonnes pratiques afin de
les diffuser.
Pour faciliter la lisibilité des
progrès de la relation franco-allemande, nous avons
besoin d'un instrument de pilotage. Je demande également
aux ministres, d'élaborer, en lien avec nos partenaires
allemands, une série de critères simples qui permettront
à tous de juger et d'évaluer l'efficacité de ce
rapprochement : par exemple, la connaissance des langues
mutuelles, le nombre de jumelage, le nombre des
étudiants français en Allemagne et vice versa, le
tourisme mutuel…
A l'appui de ces critères, chaque
ministère devra rendre compte, à l'occasion du
22 janvier chaque année, des efforts entrepris dans
son secteur, ce qui compléterait les feuilles de route
pour les Conseils de ministres franco-allemands. Les
buts précis et chiffrés (ex. Déclaration de
Poitiers, objectif de progression de 50 % en dix ans
pour l'apprentissage de la langue de l'autre) que nous
nous donnons régulièrement pourront ainsi être suivis de
plus près.
Une politique globale : le goût de
l'avenir, c'est le goût de l'Allemagne
Il faut maintenant agir en particulier
sur trois thèmes : la langue, la jeunesse, les
échanges.
La langue
De bonnes raisons pour apprendre
l'allemand
Si j'avais encore un enfant en âge de
choisir une langue à l'école, je lui conseillerais de
prendre l'allemand et je salue les élèves français ici
présents qui étudient l'allemand.
L'allemand est une langue clé en Europe
; l'allemand est une langue des affaires et de l'emploi
(2 700 entreprises allemandes en France offrent en tout
300 000 emplois) ; l'allemand est une langue de
culture.
L'allemand est une langue des échanges
: chaque année, plus de 200 000 échanges ont lieu lors
de stages, dans les domaines sportifs, professionnels,
linguistiques, scolaires et universitaires. Environ 6
200 étudiants français font une partie de leurs études
en Allemagne.
Ne croyons pas que nous défendrons le
français dans le monde si nous ne sommes pas capables de
défendre l'allemand. Le destin de nos langues est lié.
C'est en défendant les combats des autres que nous
défendrons notre diversité culturelle. La diversité
culturelle, ce n'est pas simplement le français. La
diversité culturelle, c'est une Europe vivante ; c'est
aujourd'hui la capacité de chaque individu en Europe à
pouvoir parler le plus vite possible trois langues,
c'est que l'on puisse parler le plus possible l'allemand
et bien sûr le français, c'est qu'on puisse se parler
directement dans nos langues, sans passer forcément par
l'anglais.
Plusieurs de mes ministres parlent
l'allemand. Je suis convaincu que cela aidera à
dynamiser le moteur franco-allemand et à faciliter la
compréhension sur le plan politique. Il est plus facile
d'avoir un accord franco-allemand si les ministres
concernés peuvent s'entretenir sans traducteur.
Les pistes d'action
Les exemples positifs comme le
"Deutsch-Mobil" et le France-Mobil qui visitent des
établissements scolaires sont des exemples efficaces
pour faire augmenter les inscriptions pour l'allemand et
le français : parfois les inscriptions montent à 70 % !
Ces initiatives sont d'ailleurs récompensées aujourd'hui
à Berlin par le prix de Gaulle-Adenauer que remettent
Noëlle Lenoir et de Hans-Martin Bury - Secrétaires
généraux pour la coopération franco-allemande - , qui
présentent également un site Internet
franco-allemand.
Grand débat sur l'école : J'attends du
grand débat sur l'école des propositions concrètes
concernant la promotion de la langue du pays partenaire
pour augmenter le nombre des élèves qui apprennent
l'allemand.
Campagne Institut Goethe : c'est dans
ce contexte que je suis très heureux que l'Institut
Goethe et le ministère des Affaires étrangères allemand
aient pris l'initiative de présenter hier une campagne
graphique pour améliorer l'image de la langue allemande
en France. Je suis très heureux que l'ambassadeur
d'Allemagne et la directrice de l'Institut Goethe soient
présents aujourd'hui.
Vous avez choisi le slogan : on a tout
à faire ensemble. Et vous avez raison ! Même si nous ne
savons pas qui est l'homme et qui est la femme dans ce
couple franco-allemand : nous savons que nous avons
beaucoup en commun, que nous partageons une héritage
historique et nous sommes les deux seuls pays dans le
monde à former un couple ! Cette campagne pourrait
donner aux jeunes français l'envie de passer des
vacances en Allemagne, d'inviter des Allemands en
France. Nous pouvons ensemble donner le goût de
l'Allemagne aux Français et je vous remercie vivement
pour cette initiative.
Je suis très heureux que Martina Gedeck
soit avec nous aujourd'hui. Vous êtes l'actrice de
l'année 2002 en Allemagne et vous êtes très engagée dans
la promotion de cette campagne en France.
Les échanges entre nos deux pays sont
essentiels et nécessaires pour faire vivre cette amitié
franco-allemande. C'est pourquoi je veux également
améliorer l'image de l'Allemagne en France. Une campagne
pour l'allemand doit être liée aussi avec une campagne
pour l'Allemagne - et la France peut s'engager dans ce
sens.
La jeunesse
Les étudiants présents
Il y a beaucoup d'étudiants allemands
présents aujourd'hui. Je veux vous inviter à vous
investir dans un rôle d'acteur dans cette campagne pour
l'amélioration de la connaissance du pays de
l'autre.
Nous avons aujourd'hui 6200 étudiants
français en Allemagne et 5500 étudiants allemands en
France, c'est surtout grâce aux programmes européens
comme Erasmus, à l'Université franco-allemande et au
travail du DAAD (Office allemand d'échanges
universitaires) et de son bureau parisien.
Je suis très heureux que le président
du DAAD - M. Theodor Berchem - soit présent aujourd'hui
et je vous remercie pour votre travail intensif. C'est
un plaisir pour moi d'accueillir ici de nombreux
étudiants du DAAD qui font leurs études à Paris dans les
universités et les grandes écoles. Je sais que vous -
les étudiants et étudiantes allemands - êtes déjà de
plus en plus nombreux en France. Je suis optimiste quant
à l'augmentation de votre nombre dans un proche avenir
!
Trois pistes d'action
Si on parle de la Jeunesse, il faut
parler de l'OFAJ. Je tiens à remercier l'OFAJ pour son
travail quotidien. L'OFAJ joue un rôle important dans
l'approche de la Jeunesse en France et en Allemagne.
A l'occasion de la journée
franco-allemande je demande au conseil d'administration
de l'OFAJ de réfléchir aux possibilités d'action dans
les domaines suivants :
1. La priorité absolue des ressources
humaines et financières de l'OFAJ doit être
l'augmentation du nombre de Français et d'Allemands qui
apprennent la langue du partenaire.
2. L'OFAJ devrait également renforcer
son rôle de sensibilisation des jeunes à la construction
européenne.
3. L'OFAJ enfin pourrait également
donner plus de responsabilités aux jeunes dans la
conduite de leurs projets.
Sur le plan Jeunesse, je souhaite
également encourager ARTE - un organisme unique qui
travaille quotidiennement à rapprocher nos deux sociétés
- à renforcer son action en direction de la jeunesse, en
développant comme elle l'a fait récemment des émissions
destinées aux jeunes des deux pays et à leur
dialogue.
Les effets à long terme d'une formation
d'une grande communauté franco-allemande seront
essentiels pour la coopération de nos deux pays en
faveur d'une Europe unifiée.
Je souhaite au cours de cette année que
nous puissions progresser de façon concrète sur la voie
du rapprochement entre nos deux peuples.
J'espère que les mesures que j'ai
dessinées pendant mon discours peuvent nous aider à
réussir d'une façon crédible :
"On a tout à faire ensemble" : c'est
vrai. Et ensemble nous avons encore beaucoup à faire
pour redonner l'élan aux relations franco-allemandes sur
le terrain.
Ich danke Ihnen, dass Sie gekommen
sind. Und ich hoffe, dass ich im nächsten Jahr noch
besser deutsch sprechen kann.
Und nun lassen Sie uns gemeinsam auf
den deutsch-französischen Tag anstossen !
Danke./.
(Source : site Internet du Premier
ministre)
|
V.- |
VISITE EN IRLANDE ALLOCUTION DU
MINISTRE DES AFFAIRES ETRANGERES, M. DOMINIQUE
DE VILLEPIN |
| |
(Dublin, 30 janvier
2004) |
Mesdames, Messieurs,
Je suis très heureux de m'adresser à
vous ici, au City Hall de Dublin, dans ce haut lieu de
la mémoire irlandaise. Des funérailles de Parnell à
l'installation du gouvernement provisoire de Michael
Collins, en passant par le soulèvement de Pâques en
1916, cet édifice relate toute l'histoire de
l'émancipation de l'Irlande.
Nous vivons une époque exceptionnelle,
marquée par un paradoxe. D'un côté, les tensions
s'accroissent avec la multiplication des crises dans le
monde et la menace d'un affrontement entre les cultures
et les identités. De l'autre, face à ce risque, une
logique d'union et de regroupement régional est à
l'œuvre, dont l'Europe constitue un acteur majeur.
L'élargissement, l'approfondissement, l'adoption d'une
Constitution : autant de défis qu'il nous revient de
relever ensemble pour conforter la paix et la stabilité
sur notre continent, et dans le monde.
Entre les forces d'ordre et de
désordre, c'est une véritable course de vitesse qui
s'engage. Pour l'emporter, nous devons prendre la mesure
des nouvelles réalités d'un monde mû par une dialectique
nouvelle : celle d'une mise en relation de tous les
peuples et de toutes les cultures à travers la
mondialisation ; mais aussi celle d'un besoin
d'enracinement, d'ancrage et d'appartenance à une
identité ou à une terre.
Face aux risques de rupture, il nous
faut concilier aujourd'hui ces deux aspirations : marier
le planétaire et le local, réconcilier les identités et
la modernité, réunir nos énergies pour construire une
Europe plus forte et plus unie.
*
* *
L'Irlande tient une place privilégiée
dans le cœur de tous les Français. Rarement deux peuples
auront été unis par des liens aussi durables, remontant
jusqu'aux âges où l'Hibernie et la Gaule appartenaient à
la même civilisation celtique et parlaient des langues
sœurs. Malgré le limes romain qui sépara nos deux
univers, malgré la rivalité des ambitions hégémoniques
qui livraient l'Europe à la tourmente, nos deux peuples
sont toujours restés fidèles l'un à l'autre.
A de multiples reprises, au cours du
passé, nos chemins se sont croisés en miroir.
Chemin des missionnaires irlandais
venus en France partager leur appétit de connaissance :
autant d'âmes ardentes et d'esprits exigeants, avec
l'appui desquels notre pays se couvrit de monastères
dans lesquels fut sauvé l'héritage antique. Plusieurs
siècles plus tard, lors de la Réforme anglicane, les
clercs et les étudiants venus d'Irlande trouvèrent
refuge en France ; c'est d'ailleurs à cette époque que
fut fondé à Paris le Collège des Irlandais, aujourd'hui
enfin restauré.
Mais aussi le chemin des soldats, quand
le Traité de Limerick amena à nos côtés sur le sol
français ceux que l'on a surnommés les "Wild Geese". Ils
constituèrent les régiments de cette fameuse brigade
irlandaise qui devait se couvrir de gloire aux côtés de
nos soldats jusqu'en 1791, en particulier lors de la
bataille de Fontenoy. Louis XV, qui déplorait leur excès
d'intrépidité devant l'archevêque Dillon, autre héritier
d'une lignée irlandaise établie en France, s'entendit
répondre que les ennemis du roi, eux aussi, s'en
plaignaient hautement sur les champs de bataille.
Nous avons partagé également le chemin
difficile et parfois violent des idéaux et de la ferveur
révolutionnaire. La clameur de la Révolution en France
anime la révolte des "Irlandais Unis", avec Wolf Tone,
devenu général de la République, qui se fera l'avocat
inlassable de leur cause au point que notre pays enverra
à deux reprises des corps expéditionnaires soutenir les
insurgés. L'idéal républicain est depuis lors ancré au
plus profond de la conscience de nos deux peuples.
D'autant que les échanges d'idées se
poursuivent. Une jeune génération de penseurs français
désireux de réconcilier l'Eglise et le libéralisme
politique, avec Lamennais et Montalembert, éprouve une
véritable fascination pour Daniel O'Connell. Pendant
qu'Alexis de Tocqueville scrute les Etats-Unis, son
compagnon de voyage Gustave de Beaumont ausculte
l'Irlande. Plus tard, en 1848, c'est le mouvement
politique et littéraire de la "Jeune Irlande" qui
s'enthousiasme pour la Révolution à Paris.
N'oublions pas enfin le chemin du
sacrifice : lorsque la France fut confrontée aux plus
graves périls de son histoire, de nombreux Irlandais
s'engagèrent à ses côtés, en particulier lors de la
Première Guerre mondiale où plus de 200.000 Irlandais
volontaires combattirent. Plusieurs dizaines de milliers
d'entre eux y ont laissé leur vie ; certains reposent
sur notre terre. Il est juste de s'en souvenir et je
souhaite ici leur rendre hommage au nom de la
France.
*
Aujourd'hui nos deux peuples ont en
commun, par delà cette longue histoire partagée, un
attachement fort à la culture et à tout ce qui, dans un
monde de plus en plus soumis au règne du marché, élève
l'Homme et le guide à travers le monde. L'identité
irlandaise se lit dans les pierres et les bâtiments mais
aussi dans cette part de désir et de rêve qui se dégage
de l'œuvre de vos poètes, romanciers et dramaturges.
Vos écrivains, comme votre peuple,
n'ont cessé d'osciller entre la passion du sol et
l'appel du large. Yeats chante dans ses poèmes son amour
pour la terre mythique des bardes et des traditions
ancestrales qui continuent de hanter la grotte de Fingal
et les rives du vent sur la côte escarpée.
"Même si le grand chant ne doit plus
reprendre
Ce sera pure joie, ce qui nous reste
:
Le fracas des galets sur le rivage
Dans le reflux de la vague"
Joyce lui répond par son goût pour le
voyage, qui le mène de Venise à Trieste en passant par
Paris où paraît la première édition d'"Ulysse". Dans
quelques mois, nous allons pouvoir célébrer une fête
originale, le centième anniversaire d'une journée
fictive et romanesque, mais inoubliable : celle du 16
juin 1904, que parcourent à travers plus de mille pages
les héros de Joyce : Léopold Bloom et Stephen Dedalus.
D'une cité à l'autre - Dublin où se déroule l'Odyssée
moderne, Paris où l'écrivain vit les vingt dernières
années de sa vie - le périple de Joyce est celui d'une
écriture nouvelle, qui traverse la surface labyrinthique
des villes pour explorer les méandres profonds de l'âme
humaine. Quelques années plus tard, Samuel Beckett
suivra le même itinéraire de Dublin à Paris, où il
assiste Joyce dans l'élaboration de "Finnegans Wake".
Son œuvre, en anglais comme en français, porte la marque
de cette double culture grâce à laquelle il a pu
interroger la condition humaine jusqu'à la lucidité la
plus extrême et la plus douloureuse. Mais, au-delà de la
littérature, de nombreux peintres irlandais sont aussi
venus enrichir de leurs talents les Ecoles françaises, à
l'instar de John Lavery ou de Nathaniel Hone - et grâce
à eux certains paysages de Bretagne ou de la forêt de
Fontainebleau ornent maintenant les murs de la National
Gallery de Dublin.
Aujourd'hui les enjeux identitaires
deviennent de plus en plus importants au cœur des
grandes mutations de ce monde. Songeons aux drames des
Balkans ou de l'Ouest de l'Afrique, qui résultent pour
une grande part de tensions d'ordre culturel, historique
ou ethnique autrefois gelées par l'équilibre des deux
grands blocs. Mais songeons également à la construction
européenne qui, au fil des élargissements successifs,
fait réapparaître les liens anciens qui unissent nos
identités pour les rassembler autour d'un grand projet
d'avenir. Nous voilà aujourd'hui côte à côte pour
défendre la diversité des regards face à
l'uniformisation des modes de vie, et pour faire vibrer
la polyphonie du monde.
*
* *
Ces chemins suivis ensemble à travers
les siècles sont autant d'engagements communs qui nous
ont permis d'établir des relations solides, profondes et
confiantes.
L'admiration y a sa part. Un peuple
qui, comme le vôtre, a si souvent fait la preuve de son
courage et de sa détermination face aux épreuves de
l'Histoire, parfois si douloureuses - je pense par
exemple à la grande famine du milieu du XIXème siècle -
ne peut que susciter notre sympathie, comme celle du
général de Gaulle qui a choisi de venir en Irlande -
pays de ses ancêtres Mac Cartan - au sortir de sa vie
politique. "Dans les circonstances importantes de ma
vie, comme actuellement, expliqua-t-il alors, c'est une
sorte d'instinct qui m'a porté vers l'Irlande, peut-être
à cause du sang irlandais qui coule dans mes veines mais
aussi parce qu'il s'agit de l'Irlande, qui tient depuis
toujours une place exceptionnelle dans le cœur des
Français." C'est durant ce séjour qu'il commença la
rédaction de ses "Mémoires d'espoir". Le chaleureux
accueil qu'il reçut reste pour beaucoup d'entre nous un
témoignage de l'amitié franco-irlandaise.
Aujourd'hui la communauté française
d'Irlande, forte d'environ 11.000 personnes, ne cesse de
grandir. Les Français apprécient à l'évidence votre
dynamisme. Car l'extraordinaire réussite économique que
vous avez connue au cours de la décennie passée témoigne
de la vitalité d'une société résolument ouverte sur le
monde, qui a su mobiliser toutes ses énergies pour
devenir la patrie des nouvelles technologies. Que de
produits nouveaux nés dans vos usines ou dans vos
laboratoires de recherche !
Nos échanges se sont considérablement
accrus depuis quelques années : la France est désormais
le 4ème partenaire commercial de l'Irlande. Avec 130
filiales, nos entreprises participent activement à
l'essor de l'économie irlandaise grâce à leurs
investissements locaux. Nous souhaitons aller plus loin
encore pour être à la hauteur de l'ambition commune
nourrie par nos deux pays.
Cette réussite est également celle d'un
modèle de société qui a gardé le sens de la mesure, le
souci de la nature, la conscience de nos responsabilités
envers les peuples moins bien pourvus. L'Irlande a connu
de trop près la misère et le malheur, ses enfants ont
trop souvent dû prendre le chemin du départ pour ne pas
vibrer spontanément aux grandes causes humanitaires
qu'une personnalité comme Sean McBride, prix Nobel de la
paix, a su incarner. A l'heure où s'ouvre un âge nouveau
de l'Europe, comment ne pas trouver dans cette
expérience irlandaise une source d'inspiration précieuse
?
L'influence d'une nation ne se mesure
pas à l'étendue de son territoire. L'Irlande entretient
en effet des liens forts et permanents avec les
descendants de ses enfants qui, par millions, ont émigré
outre-mer, en particulier aux Etats-Unis. Ce sens des
racines communes permet à votre pays de rayonner bien
au-delà de ses frontières et le dispose tout
naturellement à jouer un rôle de trait d'union entre
l'Europe, l'Amérique et d'autres continents. Cette
diaspora irlandaise, qui a compté et compte encore dans
ses rangs nombre de personnalités éminentes, offre l'un
des meilleurs témoignages de la vitalité de votre nation
: ne dit-on pas, ainsi, qu'un quart des chefs
d'entreprise américains sont d'origine irlandaise ?
Poids de l'Histoire et attrait de la
nouveauté se conjuguent pour donner une vigueur
particulière à notre relation culturelle. En Irlande, le
français est enseigné à plus de 60 % des élèves du
secondaire et l'Alliance française de Dublin connaît un
succès qui fait d'elle le plus grand établissement de ce
type en Europe. Notre coopération scientifique prend de
l'ampleur et s'annonce prometteuse dans des secteurs
comme les Nouvelles Technologies de l'Information et des
Communications ou les biotechnologies. De l'autre côté
de la mer, il ne se passe pas de saison sans qu'un
théâtre parisien ne monte une pièce appartenant à votre
répertoire. Les grands auteurs irlandais ont toute leur
place dans les programmes de nos classes de lycée. Vos
romanciers contemporains connaissent un succès de plus
en plus grand auprès des lecteurs français.
Dans quelques semaines, l'Ensemble
intercontemporain se joindra à l'Orchestre symphonique
irlandais pour faire découvrir à Dublin les plus belles
réalisations des musiques française et irlandaise
contemporaines avec des œuvres de Pierre Boulez, Olivier
Messiaen, Ianis Xenakis, Siobhan Cleary et Jurgen
Simpson. Pouvait-on imaginer plus bel encouragement à la
création artistique de nos deux pays ? Cork a été
choisie comme capitale européenne de la culture en 2005
et la France sera heureuse de s'associer à cet
événement.
*
* *
Aujourd'hui le monde sollicite notre
engagement. La recherche d'un nouvel ordre mondial, la
poursuite de la construction européenne, ainsi qu'une
solidarité plus active avec les pays en voie de
développement : autant de tâches à accomplir ensemble.
La persistance des crises et l'irruption de nouvelles
menaces nous ramènent à ce devoir commun d'œuvrer pour
l'intérêt général.
Votre pays a vécu l'épreuve de la
violence à ses portes. Comment ne pas saluer l'exemple
que donnent au monde entier les autorités irlandaises et
britanniques dans leur quête difficile mais résolue
d'une solution pacifique et démocratique au conflit qui
a trop longtemps déchiré les communautés d'Irlande du
Nord ? Nous formons des vœux sincères et chaleureux pour
que tous les Irlandais puissent, dans un proche avenir,
célébrer une réconciliation définitive.
Aujourd'hui, l'heure n'est plus aux
certitudes que nous assurait le monde bipolaire d'antan
; nous vivons maintenant dans un environnement
international où règne une instabilité permanente et où
de nouveaux types de menaces se multiplient : le
terrorisme est entré dans un nouvel âge et, depuis les
attentats du 11 septembre, prend le monde entier pour
cible. La prolifération des armes de destruction massive
constitue un danger majeur pour la stabilité
internationale car elle accroît les risques de
déséquilibre. Les crises régionales menacent chaque jour
davantage de s'étendre : on le voit au Proche-Orient ou
en Afrique. Enfin, la criminalité internationale se
nourrit de toutes les zones grises de la planète et
exacerbe les tensions locales, régionales et
internationales.
Devant la gravité des enjeux, l'urgence
est à l'action, avec une exigence : l'unité de la
communauté internationale. C'est pourquoi nous devons
éviter la tentation de l'unilatéralisme et le piège de
vouloir imposer de l'extérieur des schémas qui ne
tiendraient pas compte de la complexité des situations
locales et des aspirations légitimes des peuples. Devant
des défis qui dépassent le cadre des Etats, de la
sécurité à l'environnement, la communauté internationale
doit pouvoir s'appuyer sur des principes et des règles
valables pour tous. La légitimité est aujourd'hui la clé
de l'efficacité, car l'aspiration à la justice constitue
le moteur des peuples sur la scène internationale.
C'est pourquoi la France n'a cessé de
plaider en Irak pour un retour aussi rapide que possible
à la souveraineté et pour un rôle ouvert des Nations
Unies dans le processus politique conduisant à une telle
restauration. Nous appelons en particulier à la
convocation d'une conférence internationale qui pourra,
après la mise en place d'un gouvernement de transition,
contribuer à réinsérer l'Irak au cœur de la région du
Moyen-Orient et au sein de la communauté
internationale.
De même au Proche-Orient, notre pays ne
peut se satisfaire de l'impasse dans laquelle nous nous
trouvons et qui fait le jeu de la violence et des
extrémistes. Plus que jamais il faut donc un nouvel élan
à la Feuille de route et assurer la relance du Processus
de paix. C'est notre responsabilité à tous de nous
mobiliser pour la paix et pour permettre aux deux Etats
d'Israël et de la Palestine de vivre en sécurité à
l'avenir.
Nous vivons dans un monde marqué par
l'émergence de grands ensembles régionaux, de l'Asie à
l'Europe, de l'Amérique latine aux Etats-Unis ou à
l'Afrique. Le risque est que ces pôles ne sachent pas
travailler ensemble, que les intérêts régionaux
s'affrontent comme l'ont clairement illustré les
récentes négociations commerciales de Cancun. Dans ce
contexte, il est plus urgent que jamais de rétablir un
ordre multilatéral fort et efficace, capable de résoudre
durablement les crises qui menacent l'équilibre du monde
et de traiter les grands problèmes globaux.
C'est la raison pour laquelle nous
sommes convaincus qu'une Union européenne forte, dotée
des capacités qui lui permettraient d'œuvrer activement
à la prévention des conflits et à la gestion des crises,
constitue un gage essentiel de stabilité dans le monde
de demain.
Encore faut-il qu'elle dispose d'une
charte commune lui fixant cette ambition et lui donnant
les moyens d'un fonctionnement optimal. Un accord n'a pu
être trouvé à Bruxelles, le 13 décembre dernier, sur le
projet de Constitution européenne. La France a été la
première à le déplorer, car elle a toujours considéré
que le texte sur lequel la Convention s'est prononcée
constituait la bonne réponse à notre ambition. Il
convient de ne pas exagérer, pour autant, la gravité de
cet échec. Chercher à obtenir un accord à tout prix au
détriment de la cohérence et de l'efficacité de notre
projet n'était pas souhaitable.
C'est maintenant à l'Irlande de prendre
le relais et de redonner un élan nouveau à ces travaux,
de telle sorte qu'ils puissent aboutir dans des délais
raisonnables et dans de bonnes conditions, c'est-à-dire
sans que l'immense travail réalisé par la Convention ne
soit dénaturé. Outre l'adoption d'une Constitution qui
lui permettra de se doter d'un cadre institutionnel à la
fois plus cohérent et plus souple, l'Europe va également
connaître un élargissement qui lui restitue son unité
autrefois brisée par la logique des blocs. La qualité
reconnue de vos responsables politiques et vos
diplomates, de même que l'approche à la fois équilibrée
et pragmatique dont vous faites preuve dans le
traitement de dossiers sensibles, constituent à n'en pas
douter d'excellents atouts pour le succès de cette phase
historique dans laquelle nous sommes engagés.
D'ores et déjà, votre gouvernement a
marqué sa détermination à saisir toutes les chances d'un
accord sur la Constitution européenne, par un dialogue
franc et ouvert avec l'ensemble des partenaires. Vous
pouvez compter, dans cette tâche, sur le soutien de la
France.
Car l'Irlande a amplement démontré son
engagement en faveur de la construction de l'Europe, à
l'image de l'intégration fructueuse et réussie de votre
pays au sein de l'Union. La sortie de votre pays, à la
fin de l'année dernière, du groupe d'Etats bénéficiant
du fonds de cohésion illustre l'ampleur du chemin
parcouru depuis 1973. D'autant que vos choix témoignent
de votre exigence d'action, que ce soit par l'engagement
de vos soldats dans de nombreuses missions de maintien
de la paix aux quatre coins du monde, ou par votre
disponibilité à participer à des opérations confiées à
l'Union européenne par les Nations unies.
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