(Solagral - novembre
1998)
L’adoption du Fair Act a
entraîné quelques modifications aux différents programmes
d’aide alimentaire américaine sans pour autant en bouleverser
les principes de base :
- l’évolution des marchés dans les
pays en développement : L’aide alimentaire du
titre I peut désormais être vendue au secteur privé et
ne doit plus automatiquement passer par un contrat avec le
gouvernement. Comme le Titre I a pour objectif la
conquête de marchés et comme une partie des marchés visés
devenaient de plus en plus solvables (ex : Asie du
Sud Est, Amérique du Sud), la période de grâce pour le prêt
a été amenée de 10 à 7 ans et la période de
remboursement qui devait être auparavant au minimum de 10
ans n’est plus fixée. Ce qui laisse penser que l’on se
rapproche de plus en plus de transactions commerciales
bénéficiant de conditions avantageuses.
- l’évolution des pratiques des
partenaires de développement : Les ONG américaines sont
les principaux bénéficiaires de l’aide alimentaire du
Titre II. Elles sont amenées à intervenir dans la
plupart des pays en situation d’insécurité alimentaire et
peuvent désormais émarger sur le programme "Food for
Progress". Dans le cadre de leurs projets, les ONG ne
bénéficient généralement que de l’aide alimentaire en
nature. Pour compenser ce manque de souplesse et diversifier
leurs interventions les ONG ont développé la monétisation de
l’aide. Désormais, cette monétisation peut être effectuée
dans un pays et les fonds générés peuvent être utilisés pour
financer un projet situé dans un autre pays. De plus, la
part de l’aide qui peut être monétisée est passée de
10 à 15%. Cette mesure est importante pour les ONG
qui n’ont accès qu’à très peu de financements
publics.
- l’évolution des situations sur
le terrain et des priorités d’intervention des
Etats-Unis : Avec la fin de la guerre froide, les
Etats-Unis se sont largement désengagés de l’aide au
développement. Ils ont souhaité recentrer leur action sur
l’aide d’urgence ou l’aide au développement directement
ciblées sur les populations. C’est pourquoi le nouveau Farm
Bill permet d’augmenter le budget du Titre II de
13,5 millions US$ à 28 millions US$. De
même, jusqu’à 50 % du Titre III peuvent glisser
sur le Titre II. Enfin, le volume d’aide alimentaire
d’urgence pouvant provenir de la réserve de sécurité
alimentaire (Food Security Commodity Reserve) est augmenté
(500 000 tonnes au lieu de 300 000) et comprend
d’autres produits que le blé : maïs, riz,
sorgho.
![Répartition du budget aide alimentaire au sein de la PL400.]()
Source : US Congress
De par ses multiples objectifs,
l’aide alimentaire a évolué avec les politiques extérieures et
agricoles du pays. Le repli spectaculaire de l’aide
vendue à crédit constaté ces dernières années a coïncidé
avec la baisse des stocks de céréales et la hausse des cours
du blé sur le marché international. L'aide d'urgence, souvent
associée à des actions humanitaires fortement médiatisées
s'est maintenue et même développée.
Avec l’évolution récente de la
conjoncture des marchés agricoles une relance des envois
d’aide alimentaire s'amorce. La forte augmentation
observée en 1998 est financée par la section 416. Ce
programme, contrairement à la PL 480 dont le budget est
fixé annuellement, est lié aux activités du CCC et à ses
niveaux de stocks. Les activités du CCC ne relèvent pas d’un
budget fixé annuellement mais de conditions d’applications, ce
qui laisse plus de souplesse en situation de surplus et de
baisse forte des prix.
Aides alimentaires
exceptionnelles en 1998.
Déjà 2,5 millions de tonnes
de céréales ont été achetées cet été pour tenter
d’enrayer la chute des prix sur le marché intérieur,
sans succès. Ces stocks ont été distribués soit
directement (1,25 millions via des contrats
intergouvernementaux) soit via le PAM (1 million) ou les
ONG à différents pays en développement en situation
d’urgence ou confrontés à des problèmes d’insécurité
alimentaire liés à la crise financière.
Début novembre, la Russie a
passé un accord pour bénéficier d’une aide de 3,1
millions tonnes de produits dont 2 millions en blé. 1,5
millions de tonnes de cette aide sont financées par la
section 416 et sont données. Le reste relève du titre I
et est cédé à crédit. |
Il est donc à prévoir que jusqu’en
1999, les envois d’aide alimentaire américaine reprennent une
place importante dans les transactions de céréales. Ces envois
répondent certes à une demande de la part des pays
bénéficiaires. Cependant, ils restent avant tout liés à la
situation excédentaire de l’agriculture américaine. La hausse
risquant fort de rester conjoncturelle, cette aide ne répond
que ponctuellement aux problèmes auxquels sont confrontés ces
pays sans engager un processus plus profond de renforcement de
la sécurité alimentaire. Tout dépendra donc de l’utilisation
qui sera faite de ces aides et de leur insertion dans des
programmes plus globaux de relance de l’économie et de
l’offre. |